Dans le remarquable ouvrage coordonné par Louis Maurin et Patrick Savidan : "L'Etat des inégalités en France" (Editions Belin, 2006), Olivier Donnat (sociologue, auteur de plusieurs études du Ministère de la Culture et de la Communication), s'interroge sur les pratiques et consommations culturelles sous l'angle de la trajectoire sociale des individus. Il en dresse un constat via l'article "Culture : diversification et logique du cumul" éclairant sur les écarts toujours importants entre milieux sociaux, les classes d'âge ; renforçant les pratiques culturelles pour les personnes déjà sensibilisés à la participation à la vie culturelle (fait lié au niveau de diplôme et de revenus et à une familiarité précoce avec l'Art sans oublier une proximité de l'offre culturelle) :

"Les résultats des enquêtes montrent que les catégories de population les moins favorisées continuent à très peu fréquenter les équipements culturels et que le "désir" de culture demeure étroitement corrélé au capital culturel : la confrontation directe et régulière avec les oeuvres demeure l'apanage d'une minorité de Français et les réticences à l'égard de la création contemporaine demeurent fortes. En un mot, il n'y a pas eu de réel élargissement des publics au-delà des classes moyennes, pas de "rattrapage" des milieux sociaux les moins bien dotés au plan socio-économique".



Les technologies sont inégalitaires en terme d'accès et d'utilisation. Les inégalités de revenu et de diplômes demeurent fortes et prégnantes dans les usages liés aux logiciels courants dits "grand public" (bureautique) et d'accès à Internet. En parallèle, la culture se consomme plus qu'elle ne se pratique ; elle est appropriation de biens dans le mode de "posséder le bien culturel" et de le redistribuer :

"À l'heure du numérique, la participation à la vie culturelle ne peut plus se mesurer à la seule aune de la fréquentation des équipements. En effet, le développement des médias domestiques combiné à la diversification des programmes a permis de "transporter" l'art et la culture dans les foyers et favorisé l'émergence de nouveaux modes de consommation et d'appropriation des oeuvres. Il en a résulté de profondes transformations des rapports à la musique, aux films et plus récemment aux textes, sans toutefois que la loi du cumul qui est souvent dominante dans le domaine culturel - la culture va à la culture, comme l'argent va à l'argent - ne soit remise en question : de même que les amateurs d'Arte ou des émissions culturelles sont souvent des habitués des théâtres et des musées, ceux qui louent ou achètent des DVD vont plus souvent au cinéma que la moyenne et ceux qui téléchargent de la musique fréquentent plus les concerts que ceux qui ne le font pas. La diversité des modes d'accès à la culture a certes permis une augmentation des consommations culturelles, mais elle a jusqu'à présent surtout permis aux personnes ayant un intérêt pour l'art et la culture d'enrichir la palette de leurs comportements et de leurs goûts."



Source :

Donnat, Olivier (septembre 2006). "Culture : diversification et logique du cumul", in L'État des Inégalités en France 2007, Observatoire des inégalités, Belin, Paris, pp.169-173