Dans son nouvel ouvrage "La Télécratie contre la démocratie", le philosophe Bernard Stiegler cite une définition documentaire et technique du Web 2.0 de Vincent Puig (Institut de Recherche et d'Innovation du Centre Pompidou à Paris) (document de travail) :

"L'appellation Web 2.0 (...) s'appuie sur (une) approche en termes de modélisation et de manipulation des structures documentaires (instrumentées par les schémas en ingénierie documentaire) et sur la modélisation et la manipulation des représentations du contenu (instrumentées par les ontologies en ingénierie des connaissances) pour se contenter sur les activités relationnelles et l'organisation des communautés. Le Web 2.0 est relationnel dans la perspective où il s'agit donc de repenser l'utilisateur et ses relations avec les autres, plutôt qu'à des contenus ou des machines. L'unité d'information n'est plus le site ou la page mais le service et ses objets, flux ou sources de données qui sont publiées (RSS). L'unité de recherche n'est plus le mot-clé mais le "tag" (marqueur) qui décrit un contenu. L'ensemble des tags apposés par les utilisateurs crée du sens, un néologisme existe pour définir l'utilisation de ce système de classification collaboratif : folksonomy (folk + taxonomy). À l'inverse des systèmes hiérarchiques de classification, les contributeurs d'une folksonomy ne sont pas contraints à une terminologie prédéfinie mais peuvent adopter les termes qu'ils souhaitent pour classifier leurs ressources. Ainsi, pour une ressource donnée, sa classification est l'union des classifications de cette ressource par les différents contributeurs.

(...)

Les tags sont personnels, partageables et permettent des outils de recherche et de représentation adaptés (nuages de mots, cartographie sémantique, etc.). Le web devient le lieu de la participation car il n'est plus seulement un espace de collecte d'informations mais développe les outils d'un retour de connaissances dans lesquels les utilisateurs sont à la fois lecteurs et auteurs : ils sont écrivants. Ils possèdent des blogs, publient et partagent des photos, podcasts et liens, postent des commentaires sur d'autres sites, etc. Les actions cumulées des utilisateurs et les données qu'ils produisent ajoutent de la valeur au système global.

(...)

Ainsi ce n'est plus seulement la qualité du service qui définit sa valeur mais la qualité et la fréquence des contributions apportées par ses utilisateurs qui ne sont donc plus des utilisateurs mais des praticiens."


En outre, Bernard Stiegler évoque le Web 2.0 comme "nouveau milieu de transindividuation, qui concrétise le potentiel du réseau Internet constituant par lui-même un nouveau type de milieu associé en tant que milieu technique".


Le concept de transindividuation (ou transduction) est exposé notamment par Gilbert Simondon et reexplicité par Bernard Stiegler dans plusieurs de ces écrits. On définit ainsi la transduction de façon imagée :

"Opération, physique, biologique, mentale, sociale, par laquelle une activité se propage de proche en proche à l'intérieur d'un domaine, en fondant cette propagation sur une structuration du domaine opérée de place en place : chaque région de structure constituée sert à la région suivante de principe de constitution."



Source :

Stiegler, Bernard (4 octobre 2006). La Télécratie contre la démocratie. Lettre ouverte aux représentants politiques, Flammarion, Paris, pp.229-231