Françoise Paquienséguy (Professeur de Sciences de la Communication à l'Université de Paris 8) vient de publier un article scientifique sur les usages des Technologies de l'Information et de la Communication en tant que système d'offre qui change des années 80 à aujourd'hui : "Les technologies d'information et de la communication : constat, questionnements et hypothèses".


Pour Françoise Paquienséguy, nous sommes passés d'une offre basée sur des Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication (N.T.I.C.) aux Technologies de l'Information et de la Communication Numériques (T.I.C.N.) qui change la donne en matière de définition des usages sociaux et des conditions de formation aux technologies. La chercheuse introduit quatre caractéristiques nouvelles des T.I.C.N. :


- La polyvalence :

"Aujourd'hui, la stratégie des entreprises de communication (chaînes de télévision, opérateurs de télécommunications, producteurs de contenus informationnels….) est plutôt d’investir quasi frontalement la nouvelle lignée qui s'appuie techniquement sur la numérisation et la mise en réseau (transfert et accès à distance). Les appareils commercialisés sont désormais des terminaux qui servent de point d'entrée sur un réseau, lieu d'échange et de transfert des données. Celles-ci peuvent être générées, créées par l'utilisateur. Les constructeurs et équipementiers semblent s'éloigner beaucoup plus de leurs savoir-faire de référence pour commercialiser des TICN polyvalentes. C'est-à-dire des outils terminaux qui tendent à vérifier eux-mêmes cette polyvalence, dans leur technologie comme dans leurs offres commerciales : la connexion, la numérisation et des données de toute nature (image, son, texte voix, animation..)."


- L'ouverture :

"C'est-à-dire dotées de plusieurs fonctionnalités qui peuvent totalement en changer les utilisations, les représentations et les potentialités (Josiane Jouët parle de gammes d'usages)."


- La mise en jeu en dispositif d'interconnexion :

"Conçues pour fonctionner à la fois seules et en s'agrégeant à d'autres T.I.C.N. pour former un dispositif qui reste personnel, qu'il soit dispositif technique (l'équipement de l'individu et ses connexions) ou social (auquel cas il repose en partie sur la gamme d'usages contenue dans l'objet technique)."


- et enfin la perte de fonction dominante :

"La nouvelle essence technique, en offrant la polyvalence, déporte l'émergence d'une fonction principale dans l'offre commerciale d'une part et dans la construction des usages de l'autre (...) La polyvalence est importante à étudier, car c'est elle qui ouvre la voie à la migration de ces fonctions de base que plusieurs dispositifs technologiques proposent. Et si les objets communicants contemporains s'inscrivent symboliquement et économiquement encore dans une filiation technique téléphonique, informatique ou audio-visuelle, ils peuvent s'en affranchir très vite selon la fonction qui sera déterminée comme dominante par l'usager. Nous avons ici les prémices d'une deuxième mutation placée dans la continuité de la profusion et de la polyvalence des TICN : la migration des fonctions."


Au coeur de ces changements actuels, l'essence technique de la numérisation et la mise en réseau. Les outils sont des points d'entrée sur le réseau, des lieux d'échange et de transferts de données qui peuvent être créées par les usagers. Aujourd'hui, c'est bien "l'accomplissement de l'action de communication (qui) prime sur le terminal" comme le souligne Françoise Paquienséguy.


Source :


Paquienséguy, Françoise (31 décembre 2006). "Les technologies d'information et de la communication : constat, questionnements et hypothèses" (En ligne), in Mutations socio-économiques des Industries Culturelles, Bouquillion, Philippe et Combès, Yolande (Dir.), Chapitre d'ouvrage, Presses Universitaires de Vincennes, A paraître, pp.36-58 (Page consultée le 8 octobre 2006).