Le journaliste Francis Pisani rapporte en 3 billets l'essentiel d'un atelier qu'il a suivi, il y a quelques jours, au Annenberg Center de l'Université de Californie du Sud, sur le sujet de la théorie des réseaux, rendez-vous organisé par Manuel Castells (professeur de sociologie à Barcelone et à Berkeley, spécialiste de l'Internet), Peter Monge (professeur de communication et de management des organisations à l'USC Annenberg School for Communication, spécialiste des réseaux de communication) et Noshir S. Contractor (professeur au département de Communication de l'Énonciation et au département de Psychologie de l'Université de l'Illinois à Urbana-Champaign, spécialiste des réseaux communautaires).

 

La théorie des réseaux est au centre des préoccupations des discours contemporains sur l'économie mondialisée, les échanges interpersonnels, le travail collaboratif et les communautés en ligne via l'utilisation des Technologies de l'Information et de la Communication. Aussi, mieux comprendre la théorie des réseaux, c'est pouvoir mieux analyser les mécanismes en jeu dans ce monde global et local du Web et de ses affluents.

 

Dans le premier article : Théorie des réseaux : la diversité, il est question de "moteur de diversité" de la théorie des réseaux par des observations lors d'études dans un contexte managérial du secteur financier :

"Les meilleures places dans une organisation hiérarchique se trouvent généralement près du sommet. Dans un réseau pourtant, être à la périphérie peut représenter plus d'avantages que d'être près du centre, à condition de pouvoir se placer sur un "trou structurel" (structural hole).

Ainsi baptisée par Ron Burt, professeur à l'Université de Chicago, l'expression, d'abord obscure est en fait parlante et suffisamment imagée pour frapper. Les acteurs qui enjambent les trous structurels permettent à deux réseaux de communiquer par leur intermédiaire."

Dans un 2e papier, Francis Pisani s'intéresse au facteur temps de la Théorie des réseaux, abordé comme sujet complexe dans son évolutivité qui n'est pas une fin en soi :

"Il faut aller plus loin que la simple introduction du temps comme un élément," a proposé David Stark en se fondant sur son étude des investissements étrangers en Hongrie et leur relations avec les réseaux locaux. "Nous voulons introduire l'analyse historique des réseaux. (...) De la même façon que la signification d'un évènement ne peut pas être lue dans l'évènement lui-même,"a-t-il expliqué, "la signification d'un lien ne peut pas se lire dans le lien lui-même.""

Dans une troisième partie, le thème de la complexité dans la théorie des réseaux est abordé notamment par Manuel Castells :

""Manuel Castells, l'un des organisateurs, m'a expliqué par mail que, pour lui, l'originalité de celle-ci tient à "la tentative d'établir des ponts et des relations entre la théorie des réseaux sociaux et la théorie des réseaux neuronaux dans le cerveau, les ordinateurs ainsi que dans la structure territoriale des organisations multinationales ou dans les réseaux des transports aériens. Le projet sous-jacent est de poser les base d'un langage théorique et méthodologique commun qui permette des découvertes cumulatives dans différentes disciplines."

L'enjeu est en fait de reprendre la théorie de la complexité à la mode il y a quelques années. Castells est convaincu que "traduite scientifiquement, elle se convertit en théorie des réseaux et des processus synergiques et auto générés à partir de l'interaction dans les réseaux.""

Le quatrième et dernier volet thématique évoqué par Francis Pisani dans la théorie des réseaux est celui de l'espace et de la politique où Castells fait un point sur ses recherches :

""La globalisation peut être expliquée ou mieux comprise comme un réseau de réseaux" (...) Chaque dimension (sociétale, culture, politique, économique, technologique, etc.) est ainsi "en ensemble de réseaux qui se connectent et se déconnectent au même moment" a expliqué Castells dans une discrète référence aux philosophes Gilles Deleuze et Félix Guattari.

Il pense aussi que "chaque élément ne peut pas être compris isolément, mais dans ses relations avec l'environnement". Cela se matérialise géographiquement "dans des nœuds qui sont des connecteurs de réseaux. Dans chaque pays il y a ainsi deux ou trois centres urbains qui ont cette fonction"."