Lors du dernier entretien du XXIe siècle en date, organisé par l'U.N.E.S.C.O. qui s'est tenu lundi 25 septembre à Paris sur le thème "Le partage du savoir : Toujours pour demain ?", Jacques Attali a resitué la notion de savoir dans un contexte globalisant et localisant, en s'interrogeant sur la question de la transmission du savoir. Demain, avec les technologies, on constatera de plus grands niveaux d'inégalités dans la transmission du savoir. Le pouvoir appartient de plus en plus à ceux qui savent et la fonction de pouvoir sera de savoir sur les autres (une société d'hypersurveillance, en quelque sorte). Or, les technologies sont décentralisatrices et le coût de la distribution du savoir a énormément diminué dans un monde où le savoir n'est pas rare, mais où le temps l'est : je peux échanger du savoir, mais je ne peux pas échanger du temps, mon temps.

Des nouvelles valeurs sont en train d'émerger parmi lesquelles apprendre comme une activité socialement utile. Je suis utile aux autres dans une interdépendance des savoirs. Jacque Attali propose de rémunérer le savoir pour le favoriser car se former (tout au long de la vie) est socialement utile.

En écho, l'économiste Daniel Cohen qui a fait paraître il y a quelques jours l'ouvrage "Trois leçons sur la société post-industrielle" (La Républiques des idées, Seuil) recentre le discours sur les connaissances sur le plan économique. Dans un entretien avec Sabine Delanglade pour L'Express du 28 septembre 2006, il montre combien les enjeux du monde globalisé sont orientés par les connaissances ; extrait :

"L'élite s'est protégée de la démocratisation de l'accès à l'enseignement supérieur en menant une guerre scolaire de plus en plus précoce pour que ses enfants gardent leur place dans les meilleures écoles. La France souffre d'autant plus de cette situation que la société postindustrielle est une société de connaissances. Pour produire cette connaissance qui débouche sur la création de logiciels ou de molécules, il faut des institutions capables de le faire. L'université joue dans la société postindustrielle le rôle qui était celui de l'usine dans la société industrielle. Elle doit être à la fois un lieu de production de savoirs et un lieu d'intégration. C'est pour cela que la France souffre particulièrement, enfermée dans un système qui ne permet ni le brassage social ni la production efficace de savoirs.

L'Europe n'a-t-elle pas permis d'apporter des solutions ?
Non, parce que, à la différence des États-Unis, elle n'a pas su organiser cette production de la connaissance. Retrouver aujourd'hui une Europe des universités comme on l'a connue au Moyen Age est de première importance. Aux États-Unis, la production du savoir est très concentrée géographiquement autour de Boston et de San Francisco et structurée d'une manière qui est à la fois concurrentielle et coopérative. C'est la beauté du système américain d'être à la fois compétitif et coopératif : dès qu'une découverte est réalisée, tout le monde est au courant, et peut en profiter. Le fait que l'Europe ne se soit pas préoccupée du multilinguisme des enfants est d'ailleurs très significatif."

Daniel Cohen n'érige pas la société américaine en exemple, mais s'intéresse plutôt à la France, en expliquant pourquoi la France est mal armée pour la société de connaissances. (Photo : Martin Bobié).

Source :

Delanglade, Sabine (28 septembre 2006). "Le monde sans l'usine. Entretien avec Daniel Cohen" (En ligne), L'Express n°2882, Paris, pp.108-109 (Page consultée le 29 septembre 2006)