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À l’occasion de la parution en français du livre “La Théorie des mèmes” de Susan Blackmore (chez Max Milo Éditions ; consulter son interview en ligne), le numéro de l’été 2006 de Chronic’Art consacre un article sur les mèmes titré : “Est-ce que tu MEMES ?” qui évoque les phénomènes d’imitation dans notre société contemporaine et aussi sur Internet :

“Le concept de mème est né sous la plume de Richard Dawkins, dans son best-seller consacré au “Gène égoïste” (1976). Le biologiste anglais y fait l’hypothèse que la culture est composée d’unités élémentaires de réplication comparable aux gènes. Il les appelle “mème” en référence au processus d’imitation. Bien qu’il ne s’agisse pas du thème central de son livre, le concept de mème va connaître un grand succès par la suite, au point de donner naissance à une discipline nouvelle : la mémétique. Un classique de ce champ de recherche vient d’être traduit en français : “La Théorie des mèmes” de Susan Blackmore (Max Milo). Cette psychologue enseigne la discipline à l’Université de Bristol (Royaume-Uni). “Hip hip hip hourra”, “il y a une vie dans l’au-delà”, “1+1 = 2″ : cette étrange énumération n’est pas un cadavre exquis, mais trois exemples indépendants de mème. Le langage n’est pas strictement nécessaire : on aurait pu choisir un clignement d’oeil, un panneau de sens interdit ou une poignée de main. Ou encore des unités plus complexes mais cohérentes comme les règles de la belote, un code civil ou le plan d’une voiture. Le point commun de tous ces mèmes ? Ce ne sont pas des créatures biologiques, mais ils ont pourtant la possibilité de se répliquer de manière horizontale (entre individus) ou verticale (entre générations). Une fois qu’ils se sont nichés dans le cerveau, ils ne le quittent plus jusqu’à sa mort, sauf en cas de pathologie cérébrale. Pour cette raison, les mèmes ont aussi été qualifiés de “virus de l’esprit” (Richard Brodie). Ils guident notre langage, nos comportements, nos habitudes, nos croyances. Sans que nous en soyons toujours conscients. (…)

Plus nous nous approprions un mème comme constituant de notre identité, plus nous le répliquons efficacement. Il y a bien sûr réciprocité, au sens où nous essayons de tirer avantage des mèmes que nous adoptons et répandons autour de nous : du plaisir, du prestige, de la puissance, etc. Mais en dernier ressort, ces mèmes nous précèdent et nous succèdent : nous n’en sommes que les véhicules provisoires, des véhicules d’autant plus efficaces qu’ils se croient authentiques.

Si les mèmes peuvent compter sur l’homme, ils profitent tout aussi bien de ses machines. La modernité a fini par accoucher des fameuses sociétés de l’information et de la communication. De l’imprimerie à Internet en passant par le cinéma, la radio et à la télévision, elles ont inventé de puissants outils de circulation des mèmes.”


Source :

Kraus-Maïer, C.P. (été 2006). “Est-ce que MEMES ?”, Chronic’Art, Paris, n°27, p. 73