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En février 2005, la Commission Nationale Française pour l’UNESCO a publié des réflexions de spécialistes, experts et chercheurs reconnus dans leur discipline (Pierre Mounier, Dominique Wolton, Divina Frau-Meigs, Philippe Chantepie, Bernard Cornu, Yves Jeanneret, Françoise Massit-Folléa…) dans un glossaire critique : “La Société de l’Information : Glossaire critique” (La Documentation Française, téléchargeable ici en .pdf).


Dans cet ouvrage, Jean-Louis Fulssack (ingénieur en télécommunications, directeur adjoint honoraire de France Télécom, membre du Centre d’Etudes et de Recherches Interdisciplinaires sur les médias en Europe, voir le site, Université Robert Schuman, Strasbourg), Alain Kiyindou (maître de conférences et chef du département de communication de l’IUT de l’Université Robert Schuman, Strasbourg) et Michel Mathien (professeurs de sciences de l’information et de la communication à l’université Robert Schuman de Strasbourg et membre de la Commission française pour l’UNESCO) ont coécrit un article sur la fracture numérique, extrait :

“La fracture numérique relève différentes formes et concerne à la fois l’accès, l’usage, le contenu et la prise de décision.

Dans son acception la plus courante et dans la plupart des débats sur la “société de l’information”, la fracture apparaît comme une délimitation entre territoires connectés et territoires non connectés… Mais, depuis quelques années, suite aux démarches menées dans les pays occidentaux afin de réduire la fracture entre les milieux rural et urbain, d’autres disparités sont apparues, liées à la capacité d’accès à des connexions haut débit et illimitées.

Outre le fait que les technologies ont rarement été utilisées telles que les inventeurs les avaient imaginées, les usagers se les approprient de manières différenciées. C’est à ce niveau que se situe la fracture par l’usage. La complexité des TIC et l’interactivité qu’elles permettent occasionnent des niveaux d’usages qui s’appuient sur les différences culturelles et économiques. L’expression de “non connectés absolus” fait référence à ceux qui ne disposent d’aucun accès physique au réseau et celle de “non connectés relatifs” à ceux qui, bien que disposant d’accès, ne savent pas se servir “efficacement” des outils.

En matière de contenu, seule compte l’information utile et appropriable. L’abondance d’informations sur l’internet est donc plus une illusion entretenue qu’une réalité effective. En effet, les contenus réellement utiles restent peu nombreux. Ce vide ou faible usage de l’internet explique en partie la fracture numérique (loi du mort kilométrique).

Enfin, une fracture souvent ignorée est celle qui sépare les “maîtres du réseau” des autres, c’est-à-dire ceux qui contrôlent l’internet, qui en régulent l’usage et les autres.

Par ailleurs, on peut distinguer plusieurs approches de la fracture numérique, ultra-libérale,citoyenne et militante, et hyperréaliste.

Selon l’approche ultra-libérale qui attribue les inégalités aux imperfections des marchés, la fracture numérique serait due à un rythme trop lent du progrès technique et à une pénétration insuffisante des marchés. Les politiques devraient être axées sur une libéralisation accrue des marchés des télécommunications et des services en ligne, censée faire diminuer les coûts pour les offreurs de services et les consommateurs, favorisant ainsi l’accès et les usages.

Au coeur du SMSI, l’approche citoyenne part du principe que l’accès de tous à l’internet est indispensable. Les débats et action menés dans ce cadre rappellent ceux sur les inégalités sociales des années 70, les prises de positions sur les questions du sous-développement et de la réduction de la pauvreté en Europe, non encore réglées à ce jour.

Enfin, pour les tenants de l’approche hyperréaliste, la fracture numérique n’existe pas en tant que telle, elle n’est que le miroir d’inégalités sociales préexistantes qui se transforment avec l’expansion des TIC. Dans cette perspective, la fracture numérique s’inscrit dans le prolongement et l’amplification de l’exclusion économique et sociale et, à l’instar des autres problèmes liés à l’essor de l’internet, elle est une question de société plutôt que de technologie.”


Source :

Fullsack, Jean-Louis, Kiyindou, Alain et Mathien, Michel (février 2005). “Fracture numérique” in La “société de l’information” : glossaire critique [En ligne], La Documentation Française, Commission Nationale Française pour l’UNESCO, Paris, pp. 75-77 (Page consultée le 28 juillet 2006)