stiegler.jpg

Bernard Stiegler, philosophe, (cf. sa biographie en ligne) décrit notre époque caractérisée comme prise de contrôle du symbolique par la technologie industrielle, où l’esthétique est devenue à la fois l’arme et le théâtre de la guerre économique, d’où une misère où le conditionnement se substitue à l’expérience.


Dans son ouvrage “De la misère symbolique - 1. L’époque hyperindustrielle” (en 2004), il décrit notre société contemporaine avec l’allégorie de la fourmilière ; extrait d’un passage sur l’accès aux nouvelles technologies :

“De fait, les connexions individuelles ne cessant de se multiplier, un individu connecté aux réseaux mondiaux, qui est déjà géo-localisé sans le savoir, sur une trame dont les mailles sont variables, émet et reçoit des messages du ou vers le réseau des serveurs où s’enregistre la mémoire du comportement collectif, tout comme la fourmi qui sécrète ses phéronomes inscrit son comportement sur le territoire de la fourmilière tout en décodant et sommant, sous forme de gradient, le comportement des autres fourmis. Et, dans la mesure où le système cardino-calendaire intégré conduit les individus à vivre de plus en plus en temps réel et dans le présent, à se désindividuer en perdant leurs mémoires - aussi bien celle du je que celle du nous auquel il appartient -, tout se passe comme si ces agents “cognitifs” que nous sommes encore tendaient à devenir des agents “réactifs”, c’est-à-dire purement adaptatifs - et non plus inventifs, singuliers, capables d’adopter des comportements exceptionnels et en ce sens imprévisibles ou “improbables”, c’est-à-dire radicalement diachroniques, bref : actifs.”


Source :

Stiegler, Bernard (juin 2004). De la misère symbolique - 1. L’époque hyperindustrielle. Éditions Galilée, Paris, pp. 154-155