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Rémy Favre est responsable d’un centre de formation professionnel. Dans le courrier des lecteurs du numéro de Juin 2006 de Sciences Humaines, il revient sur le dossier du n°168 du même magazine (Février 2006) qui consacrait un dossier au titre évocateur : “La société précaire : Sommes-nous tous menacés ?” :

“Quelques réflexions un peu en vrac à la suite de la lecture du numéro de Sciences Humaines consacré à la précarité (…). Ces articles font ressortir un état de fait, un constat, des conséquences. Ces analyses contribuent sûrement à une modification progressive des représentations, à une prise en compte des situations (…). Je me demande néanmoins comment les utiliser dans des pratiques opérationnelles ?

(…) Au niveau individuel. Je pense au bouquin de Vinceny Gauléjac “La lutte des places” paru il y a quelques années (NDLR : Avec Isabel Taboada Leonetti, publiée chez Desclée de Brouwer en 1997). Il évoque des stratégies comportementales très différentes mises en place par des personnes dans des situations de précarité très voisines. Les uns sont dans une stratégie de confirmation, ils font tout ou presque tout pour confirmer la situation négative où ils se situent. Les autres, dans des situations aussi difficiles, mettent en place des stratégies de dégagement et trouvent les moyens, les procédés pour s’en sortir. Pourquoi ? En fait, les choses paraissent se jouer autour de la mise en place de références fortes (…)…

Je pense aux livres de Dany Robert Dufour et à ceux de Jean-Claude Guillebaud sur la crise de la référence. Je pense aussi au numéro de “Sciences Humaines” sur l’homme postmoderne. La question (…) pourrait être : comment aider les personnes à passer d’une stratégie de confirmation à une stratégie de dégagement, en prenant en compte “les dimensions psychiques de la pauvreté” ?

À un niveau plus collectif, comment mettre en place un dispositif concret prenant en compte l’environnement institutionnel, social et politique pour faciliter des évolutions ?

Pour aider à la réflexion, je pense à la notion de système évoquée par Dominique Glayman dans son ouvrage “La vie en intérim” (…). Il précise qu’il ne faut pas selon lui parler de marché du travail, mais de système de l’emploi, car de très nombreux paramètres entrent en jeu autour de l’emploi, il ne s’agit pas simplement d’une transaction marchande offre-demande.

(…) La question qui se pose est : comment utiliser ces analyses dans des pratiques opérationnelles ? Comment peuvent-elles aider à la mise en place de pratiques de changement donnant une prise sur la réalité ?”


Source :

Favre, Rémy (Juin 2006). “Précarité”, Sciences Humaines, Courrier des lecteurs, Paris, n°172, p. 4