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Alex Mucchielli est Professeur à l’Université Paul Valéry-Montpellier 3 et fondateur du département des Sciences de l’Information et la Communication. Son approche s’inscrit dans l’héritage de l’école de Palo Alto.


Dans son dernier ouvrage collectif “Études des communications : Le dialogue avec la technologie” (Ed. Armand Colin), Alex Mucchielli laisse s’exprimer de jeunes chercheurs (en Sciences de la Communication à l’Institut des Technosciences de l’Information et de la Communication de Béziers) dans le domaine des recherches qualitatives appliquées aux dispositifs technologiques (sites Internet, sites Intranet, analyse culturelle des intentions d’un site Internet à travers les réactions d’un internaute…) en s’intéressant au concept de “fait de communication” dans une méthode d’approche “situationnelle” des dispositifs ; extrait de la conclusion de l’ouvrage :

“L’homme contemporain est de plus en plus confronté à des dispositifs socio-techniques : il consulte sur Internet, il communique à distance par techniques interposées, il travaille à distance, il utilise des cédéroms culturels ou d’apprentissage, il est acteur dans des dispositifs complexes qui lui demandent d’inter-agir avec eux… L’homme a toujours été d’ailleurs, un “homme dans un monde technique”. Disons que cet “être au monde technique”, est plus visible désormais et que cette réalité est plus prégnante de nos jours où les outillages technologiques nous englobent constamment dans presque toutes nos activités. (…)

Les “faits de communication” qu’il s’agit d’étudier, à l’instar de la sociologie lorsqu’elle propose d’étudier des “faits sociaux”, sont des faits scientifiquement construits. Ce ne sont pas des “faits” directement observables. Les significations échangées (puisqu’il s’agit d’elles), ne sont pas des données de l’observation, elles sont construites par l’homme. Elles sont cependant des “faits” dont l’homme, acteur en situation, peut avoir l’intuition. Tous les chapitres de cet ouvrage montrent comment on peut “scientifiquement” construire ces significations. En effet, il s’agit de dépasser l’accès intuitif à ce que signifient les choses de l’expérience quotidienne. Il s’agit d’avoir une procédure : partagée, systématique, vérifiable, (c’est-à-dire “scientifique”), pour pouvoir dire : “cet ensemble d’éléments, manipulés de cette manière”, envoie tel “message signifiant” aux acteurs interagissants, de ce fait, compte tenu de leurs enjeux, de leurs cultures…, ces acteurs vont alors réagir comme cela. On accède donc aussi à une compréhension des réactions des acteurs en situation. La communication qui se fait dans l’interaction homme-dispositif, d’une certaine manière les activités humaines.

L’homme n’est plus déterminé par l’organisation interne de son psychisme (psychologisme), il n’est pas non plus déterminé par les contraintes de la situation (sociologisme), il est poussé, dans telle ou telle direction, par les émergences de sens qu’il crée lui-même à travers ses interactions (plus ou moins provoquées par le dispositif), avec ce dispositif socio-technique dans lequel il se trouve.”


Source :

Mucchielli, Alex (dir.) (avril 2006). “Études des communications : Le dialogue avec la technologie”, Armand Colin, Collection U, Paris, pp.259-260