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Interrogé par Cyril de Graeve et Ariel Kyrou pour le dernier numéro du mensuel Chronic'Art, le sociologue Olivier Blondeau (voir cette page ressource) donne son point de vue sur l'esprit du luddisme dans les nouvelles technologies. Qu'est-ce que le luddisme ? Une "grande révolte des ouvriers anglais du début du XIXe siècle au cours de laquelle de nombreuses machines censées remplacer les hommes étaient détruites".

"La technologie est devenue un symbole pour représenter la société de contrôle qu'on tente de nous imposer - comme la bombe atomique, primordiale de ce point de vue, nous a ouvert les yeux quant à la possibilité de nier, d'annihiler l'humanité. Les hackers n'ont pas le même rapport à l'ordinateur que celui des ouvriers tisserands avec la machine à filer que les industriels voulaient leur imposer. Parce que cette machine d'un autre âge était coûteuse et déshumanisante, qu'elle brisait leur communauté et que les ouvriers ne pouvaient pas ni se l'approprier ni la détourner à leurs propres fins. Dorénavant, presque n'importe qui peut construire une machine tout seul chez soi. On peut même élaborer aisément des programmes qui nuisent aux pouvoirs et à ceux qui les servent, comme des virus par exemple. Ce qui nous ramène à l'essence même du luddisme, puisque l'objectif consiste ici à enrayer le système, à casser toutes les machines de contrôle. Le but des hackers, c'est d'utiliser une certaine technologie, quitte à la détourner de ses fonctions initiales afin de faire prendre conscience du caractère oppressif de la technologie telle qu'elle sert le pouvoir dominant. Tout comme le luddisme, ils rejettent un certain usage de la technique plus qu'ils ne rejettent la technique en tant que telle."

Source :

De Graeve, Cyril et Kyrou, Ariel (juin 2006). "Hack the code", Chronic'Art, Paris, n°26, pp. 32-33