Jean-Luc Raymond

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Revue de Presse

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mercredi 22 avril 2009

L'Innovation sociale, qu'est-ce que c'est ?

Alternatives Economiques vient de publier la 2e édition de "L’Economie Sociale de A à Z", un numéro hors-série pratique (n°38 bis – mars 2009) qui défriche l’Histoire, les concepts et les acteurs d'une Economie Sociale pluriforme.

Rodolphe Vidal (ESSEC) y livre une définition avisée de l’Innovation sociale, un concept de plus en plus galvaudé, qui est pourtant une expression du champ sémantique de l'Economie sociale :

"Innovation sociale. L’innovation sociale apparaît de plus en plus dans les réflexions et les pratiques. Elle est appelée à jouer un rôle majeur au niveau de l’articulation de l’action privée et des choix collectifs, par exemple sur les questions de développement, qu’il soit local, urbain, social ou soutenable. Il n’y a cependant pas de définition officielle partagée par l’ensemble des acteurs de l’innovation sociale.

Celle-ci fait partie du vaste domaine de l’innovation, un domaine largement structuré par l’innovation technologique. En ce sens, elle est d’abord à la fois le résultat et le processus transformant une ou des idées en réalisations concrètes : nouvelles pratiques, actions, stratégies, organisations, produits ou services, mais aussi nouvelles institutions.

Bien qu’elle combine souvent différentes modalités et différentes fins, l’innovation sociale se distingue des innovations technologiques, économiques ou commerciales sous deux aspects : dans ses objectifs et son intentionnalité, elle cherche en priorité à répondre à des enjeux ou à des besoins sociaux non ou mal satisfaits, enjeux et besoins qu’elle aura souvent contribué à construire ; dans ses modalités, elle découle en priorité de nouveaux arrangements, modes de relation, modes de participation, modes de vie, de nouvelles organisations, collaborations ou coopérations entre acteurs, organisations ou communautés de la société.

Elle s’appuie sur des collectifs d’acteurs, existant préalablement ou bien se construisant dans le cadre du processus d’innovation, dans des communautés de proximité matérielle, mais aussi de proximité de valeurs, de dialogue ou sur les territoires. L’innovation sociale procède de la société civile, dont elle renforce le rôle et la place dans la société."

lundi 20 avril 2009

Jean-Michel Salanskis, Incompétence obsessionnelle

Qu’est-ce que l’incompétence ? En quoi fait-elle peur ? Pourquoi déstabilise-t-elle ? Professeur de philosophie des sciences, logique et épistémologie à l'Université de Nanterre, Jean-Michel Salanskis s’intéresse à la notion d’incompétence dans le Journal de bord de Philosophie Magazine du mois d’avril 2009 (numéro 28). L’incompétence est anxieuse. Elle est un signe de l’inconstance de notre temps ; extrait :

"L’étudiante tergiverse pendant deux heures avant de commencer à rédiger son devoir sur table. Ce qu’elle voit seulement, c’est elle-même, dénuée de la compétence d’une telle écriture, et cette pensée l’écrase. (…)

Je tremble avant de donner une conférence, retrouvant au dernier moment l’idée de mon incompétence, fût-elle oubliée par le monde : je vais être démasqué. Malgré nos façades habiles, l’incompétence n’est-elle pas la vérité, secret de notre fragilité ?

De là, nos conduites d’échec, vérifiant l’anticipation horrible que nous ne saurons pas faire ce à quoi nous avons été convoqués. Mais pourquoi est-il si important d’y arriver, de réussir ? Tellement crucial de passer l’étrange test d’une performance, en toute occasion et dans tous les domaines ? Ce qui compte dans la vie n’est-il pas plutôt le sentiment fugace qui accompagne nos moments, et, parfois, les bénit ? Toutes les déconfitures ne sont-elles pas relatives ? Ne passent-elles pas bien souvent inaperçues, parfois de nous-mêmes ? Et d’ailleurs, tout cela n’est-il pas dérisoire vis-à-vis de la finitude de notre condition ? Mieux vaudrait savoir aller au-devant des autres ou saisir les qualités imprévues des détours du temps. (…)

La terreur de l’incompétence nous fait souffrir et nous rabaisse, mais la dignité individuelle n’est pas séparable du degré de succès auquel chacun peut prétendre. Protégeons en chacun l’espoir angoissé de mieux faire. Prévenons le mépris en offrant le crédit de la considération a priori. Réduisons la peur et le tremblement en leur offrant le secours de la compréhension. Mais ne privons personne de son combat d’excellence : le faire est, à y bien réfléchir, une forme d’abandon, comme l’esquisse de l’élimination symbolique de la personne."

samedi 18 avril 2009

Pourquoi Baudelaire est moderne ?

Frédéric Dussenne, metteur en scène en résidence au Rideau de Bruxelles, prépare pour le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles (Bozar) un spectacle mariant textes et musiques autour de l'oeuvre du poète Charles Baudelaire (Théâtre Marni, 23 et 24 avril 2009).

A la lecture de ses propos dans Bozar Magazine (avril 2009, n°48), on comprend que l'oeuvre de Baudelaire est tourmentée, entretient un rapport fort avec une vision moderne de notre monde, dans sa complexité et ses valeurs ; extrait de cet entretien avec Frédéric Dussenne, avec des propos recueillis par Jérôme Giersé :

"Baudelaire est une contradiction. C'est un musicien du français parlé ; son écriture est extrêmement ouvragée, presque précieuse. Et, dans le même temps, son point sur la vie est très dur, concret jusqu'à l'obscène, au trivial. Il cultive ce déséquilibre entre une forme très policée et un fond qui est assez noir. Il y a chez lui la volonté de donner une forme à la réalité la plus noire en lui conférant de la beauté. Il dit de la ville de Paris, dans un poème : "Tu m'as donné ta boue, et j'en ai fait de l'or. (...)

C'est la tension entre la beauté et la "laideur" qui est singulière chez Baudelaire (...)

Je pense que l'attitude de Baudelaire, son point de vue d'artiste, passe par le prisme de son rapport à lui-même. C'est quelqu'un qui parle du monde en se regardant dans le miroir. L'homme, la femme, la poésie et la musique sont des reflets de la même réalité qui se décline en plusieurs modes différents (...)

La forme - la beauté - rend la réalité supportable."

jeudi 16 avril 2009

Vie privée et Internet, les réseaux sociaux utilisés activement pour des enquêtes

Les détectives privés utilisent bel et bien Internet et notamment les réseaux sociaux pour enquêter. Goolam Monsoor, gérant du groupe AS Consultant Détective révèle quelques-unes des pratiques dans une mini-interview pour le mensuel Chronic’Art du mois d’Avril 2009 (n°54) ; extrait :

"Les moteurs de recherche facilitent les recherches à un niveau international. Hormis les recherches classiques d’informations sur les sites des entreprises, nos abonnements à des banques de données telles que Société.com, Infogreffe, Cadastre et Kompass nous font gagner du temps. Par ailleurs, le logiciel de géolocalisation par satellite facilite les filatures dans des conditions spécifiques et la transmission des images via Internet nous permet de faire des surveillances à distance. D’autres applications permettent de rechercher les preuves de détournement de clientèle, un savoir-faire, dans des disques durs d’ordinateurs.

Facebook, LinkedIn, Plaxo, Twitter, Copains d’Avant et autres réseaux permettent d’obtenir des informations ouvertes, je dirai même « offertes » au grand public. Il est évident que nous utilisons ces réseaux, puisque les gens y exposent naturellement leur vie privée."

mercredi 15 avril 2009

Robert Redeker, Conduire l'information

Dans la nouvelle édition de Médias (numéro 30 – Printemps 2009), le philosophe Robert Redeker s’interroge sur le statut de l’information, de sa distribution à sa rediffusion, à l’heure du Web, dans une tribune intitulée : Le journalisme au défi d’Internet. Robert Redeker présente la métaphore de l’électricité :

"Dans cette nouvelle forme de société, les informations ne se consomment pas (d’où la double crise du modèle télévisuel charpenté autour de la grand-messe du journal de 20 heures, et de la presse quotidienne version papier) : elles traversent, elles parcourent ; chacun est appelé à les faire circuler, les faire rebondir, les renvoyer (les « forwarder »). Les blogs et les sites participatifs s’inscrivent dans cette nouvelle approche de l’information. Plutôt que produit de consommation, l’information est, désormais, une sorte de courant électrique, électronique, ou de fluide, qui traverse chacun : nous sommes tous des conducteurs d’informations.

Rien n’est plus assuré : le consommateur d’informations tel qu’on a pu le connaître depuis une quarantaine d’années est destiné à sombrer dans la caducité pour la bonne raison que nous entrons, avec Internet, dans un régime inédit de l’information, le conducteur ayant pris la place du consommateur.

Nous ne consommons plus les informations, nous les conduisons à l’instar de ces corps dont on dit qu’ils sont « conducteurs » de courant électrique. Ou bien, pour reprendre la métaphore spirite, parfaitement descriptive ici : le médium, chacun d’entre nous, conduit et reconduit le fluide qui le traverse, l’information. C’est la circulation à la plus grande vitesse possible, celle qui frôle la vitesse infinie, qui constitue l’impératif catégorique de la société de l’information, pas la consommation."

mardi 14 avril 2009

Une actualité en évaporation


Comment se distinguer, se différencier dans les médias, sur Internet et en dehors d’Internet. L’excellent magazine trimestriel XXI (Vingt et un) se pose la question dans l’éditorial de son nouveau numéro (numéro 6, Printemps 2009). Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry pensent que l’ « actualité profonde » et « la force des choses vues », le pouvoir du « raconter » et les reportages, les « histoires » sont une des façons efficaces de mettre en forme une information qui ne s’évapore pas. Leur analyse de l’information liquide est particulièrement intéressante :

"Les « événements » sont désormais traités en temps réel, rien qu’en France, par six radios, trois chaînes de télévision d’information continue, une vingtaine de sites Internet liés aux quotidiens ou aux hebdomadaires, cinq rédactions exclusivement Web qui sont nées depuis deux ans, et une kyrielle de blogs en tout genre. Ces médias s’interpénètrent de plus en plus. Le dernier site à la mode, Twitter, invite ses adeptes à envoyer de très courts messages sur tout ce qu’ils voient, pensent et dénichent. L’internaute devient ainsi une agence de Presse ou un moteur de recherche ambulant pour les autres.

Il faut pourtant se méfier des illusions d’optique. Les études montrent que 70% des informations qui circulent dans ces gigantesques accélérateurs de particules sont… les mêmes dépêches, indéfiniment dupliquées. À chaque jour son « buzz », sa rumeur qui enfle, sa polémique, sa révélation sur laquelle nous sommes aussitôt sommés d’avoir un point de vue. À peine avons-nous forgé une opinion que l’information est aussitôt remplacée par une autre, toute aussi capitale que la précédente et ainsi de suite.

Cette circulation circulaire de l’information finit par créer une représentation du monde virtuelle, chaotique et inintelligible, qui n’a plus de liens avec ce que chacun d’entre nous peut vivre, ressentir et voir."

dimanche 21 décembre 2008

Facebook, vide d'absence et différenciations générationnelles

Dans la nouvelle édition de la revue Médias (n°19 - Hiver 2008), Bruno Marlière signe un article sur sa découverte de Facebook (en trois jours chrono), de la création de son compte à l'exploration de l'utilisation de  la plateforme "relationnelle", un papier plein d'étonnements, d'humour et de questions : "Comment Facebook est devenu ma cour de récré".

Extrait de cette aventure, le 3e jour :

"Après quatre heures de vertige, je ferme à regret la fenêtre de récréation Facebook et fais ressurgir ma salle de classe, ma page Word. Un léger vide m'envahit, un vide de séparation, de celui que chacun ressent quand il raccroche au téléphone et quand le "bon ben, salut!" semble dérisoire, faible, mal assuré. C'est un vide d'impossibilité de faire, de celui que chacun a ressenti lorsque, dispensé de piscine car enrhumé, il restait assis au bord du bassin à regarder ses copains de classe faire des longueurs. C'est un vide d'absence.

Dire que Facebook est une drogue est faux. Ou alors l'amour est une drogue, l'amitié aussi. Aimer se marrer, manger avec des potes, se raconter des histoires, jouer, aimer tout court, c'est seulement aimer la vie. Dès lors, comment ne pas comprendre l'attraction pour un réseau perpétuellement connecté, où séparation et disparition ne sont qu'actes volontairement et individuellement consentis ?

Entre la page Bruno Marlière et celle de Léa, ma fille de 17 ans, il y a un monde, il y a des siècles. Pourtant, c'est le même outil. Mon Facebook semble statique, littéraire, confiné, organisé, comparé à celui de Léa, si mouvant, rapide, synthétique, expansionniste et surprenant."


Bruno Marlière indique là que l'utilisation de Facebook varie selon les générations avec des différences marquées dans la rapidité des interactions, les textes courts qui y sont présents (micro-publication) et les notes éditées. Les différenciations d'utilisations générationnelles de Facebook sont peu mises en avant dans les médias.

samedi 28 avril 2007

Internet, un rendez-vous pour les personnes en difficulté par Dominique Lang, quotidien La Croix, 23 avril 2007

Le journaliste Dominique Lang a signé un article dans le quotidien La Croix du 23 avril 2007 : "Internet, un rendez-vous pour les personnes en difficulté", papier publié sur internet le dimanche 22 avril au soir. J'ai été interrogé par Dominique Lang sur l'apport de l'Internet pour les publics précaires ; vaste et complexe sujet. Voici l'article dans son intégralité :


INTERNET, UN RENDEZ-VOUS POUR LES PERSONNES EN DIFFICULTE

De nombreuses associations permettent l'accès à l'informatique des personnes exclues afin de faciliter leur insertion sociale


Sadok a le sourire. Ce retraité d’origine tunisienne se rend plusieurs fois par semaine au « cyberespace » de l’Agora-Emmaüs. Dans ce centre d’accueil parisien, un local discret jouxtant la laverie abrite depuis quatre ans une série d’ordinateurs connectés à Internet.

« J’envoie des messages à ma fille et à ma famille, en Tunisie », explique l’ancien travailleur immigré, en France depuis 1956. « Je laisse des messages et quelques jours plus tard, je viens consulter les réponses », dit-il.

Comme lui, chaque jour, une cinquantaine de personnes, pour beaucoup sans domicile fixe, passent quelques instants ici. Une population en marge de la société, mais qui a bien compris la chance que peut constituer l’informatique.

D’ailleurs, avec ses neuf postes, le cyberespace n’arrive pas à suivre la demande. « Bien sûr, l’informatique n’est pas un besoin vital pour des personnes qui sont à la rue ou qui ont faim », concède Ricardo Parrilla, responsable et fondateur du lieu. « Mais l’usage montre qu’elle peut devenir un outil essentiel pour l’insertion sociale. »

"Dans ces lieux, on oublie ses soucis"

Depuis 2003, l’association Emmaüs a ainsi créé neuf cyberespaces en région parisienne. Plus de 4.000 personnes ont profité des consultations en libre-service en 2006 et plus de 2.000 autres ont bénéficié d’une formation en informatique, dispensée par des bénévoles. Ainsi, ce que les collectivités locales avaient lancé depuis une dizaine d’années, en créant des médiathèques et des « Espaces numériques publics », rejoint désormais, par le biais des associations, les populations les plus exclues.

Jean-Luc Raymond, « vieux routard des espaces multimédia », comme il le dit lui-même, estime à plus de 4.000 les lieux d’accès gratuit à Internet référencés en France. « Ils facilitent l’accès au service public et jouent souvent un rôle d’éducation citoyenne », s’enthousiasme celui qui a notamment participé à la mission interministérielle lancée en 1998 sur la question.

« Dans ces lieux, on vient non seulement pour consulter des offres d’emploi, mais aussi pour naviguer sur des sites culturels ou se former. Pendant ce temps, on oublie ses soucis. » Pour Marion Desrumeaux, une étudiante en sociologie qui a travaillé sur la question, l’accès direct à l’actualité est aussi essentiel. « La connexion à Internet permet de ne pas être exclu de l’information », soutient-elle.

Lieux prétextes pour nouer des liens

Ces espaces d’information constituent également des lieux prétextes pour nouer des liens avec d’autres. Avec les bénévoles bien sûr, mais aussi, du fait de la neutralité de l’ordinateur, avec des inconnus rencontrés sur Internet. Beaucoup utilisent les messageries instantanées, parfois même les webcams, ces petites caméras numériques qui permettent aux interlocuteurs de se voir en direct.

« Quand une personne reçoit une réponse à son premier message Internet, c’est comme si une nouvelle place dans la société lui était reconnue : “On me parle” », commente Jean-Luc Raymond.

Après avoir connu l’anonymat des rues et des files d’attente, l’interactivité d’Internet devient alors une vraie chance. Les administrations l’ont d’ailleurs bien compris : les caisses d’allocations familiales, par exemple, ont mis en place un site et des bornes d’accès pour les personnes bénéficiant de diverses aides sociales.

Certains sites restent trop complexes à manipuler

Mais tout n’est pas réglé pour autant. Certains sites restent trop complexes à manipuler et nécessitent encore un accompagnement personnalisé. D’autant que les personnes à la rue ont leurs propres limites que l’ordinateur peut révéler cruellement : analphabétisme, maîtrise limitée du français, déficits visuels ou manuels, voire pertes de mémoire ou de concentration.

Pour autant, les personnes qui franchissent le pas progressent nécessairement. Bruno Oudet, qui a lancé le projet « Internet de rue » destiné aux SDF du quartier de Belleville, à Paris, l’a expérimenté à maintes reprises sur le coin d’un trottoir, avec des personnes à la rue.

Plus étonnant encore, la fréquentation d’un cyberespace pousse souvent l’usager à numériser les éléments essentiels de son identité : courriers électroniques, copies scannées de documents importants, voire photos de famille. Un espace d’intimité et de mémoire préservé sur un petit support informatique individuel, de type clé USB.

L’adresse électronique remplace alors les boîtes à lettres en poste restante que proposent certaines associations. Une manière de donner du sens au virtuel, au profit de ceux qui vivent une exclusion bien réelle."

Dominique LANG

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