Jean-Luc Raymond

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dimanche 31 janvier 2010

Echapper au monde médiatisé par Bernard Stiegler


Jerome David Salinger, auteur de l'Attrape-Coeurs est mort loin des écrans et des interviews, le 27 janvier 2010. Ce midi, dans l'émission Le Temps de le Dire (Europe 1), le journaliste Pierre-Louis Basse a interrogé le philosophe Bernard Stiegler sur le retrait volontaire de l'univers médiatique de JD Salinger. Voici la transcription de cet échange :

"Pierre-Louis Basse : Franchement, c'est vous que nous souhaitions entendre. Peut-on aujourd'hui avoir une relation au monde, une réflexion des livres tout en échappant à l’image et au spectacle dévastateur qui ne manqueront pas de nous engloutir ?

Bernard Stiegler : Il ne faut pas se couper du monde totalement. C'est difficile d’exister, de penser si l'on n'est pas en relation avec les autres. Maintenant, je pense qu’il est indispensable d'être un peu en retrait et que l'attitude que Salinger a adopté quand son roman a eu ce succès absolument extraordinaire, est absolument magnifique parce que je crois qu'il a compris qu'en fait, normalement, une oeuvre littéraire, un travail intellectuel, une recherche artistique, ne trouvent pas immédiatement son public. Ca arrive parfois. De très grands cinéastes comme Charlie Chaplin, de très grands savants, de très grands artistes ont parfois trouvé leur public tout de suite, très vite en tout cas mais c'est absolument exceptionnel et quand cela arrive, il faut faire extrêmement attention parce que c'est dangereux. Je crois que Salinger l'a compris. Il s'est mis en retrait parce ce qui l'intéressait n'était pas d'avoir du succès, c'était d'écrire, c'était de penser.

Alors pourquoi, en ce qu'en règle générale, le travail littéraire, artistique, intellectuel ne coïncide pas avec son époque ? Précisément parce qu'il explore, il invente, il recherche et en règle générale, il est en décalage. C'est aussi la raison pour laquelle, pour pouvoir travailler, il faut être soi-même un peu en décalage, soi même à l'abri.

Alors, après, la question que vous me posez, se pose au 21e siècle dans un monde extrêmement médiatisé où l'image compte de manière presqu'affolante, où tout est média::tisé, où tout est industrie culturalisée si je puis dire. Tout passe maintenant sur les blogs, sur Internet. Les questions évoluent. Les réalités se transforment. Je pense qu'aujourd'hui, il faut absolument être présent dans ce monde-là mais pas sur la modalité que ce monde-là voudrait nous imposer dans la manière d'être présent."

lundi 28 décembre 2009

Facebook, royaume du narcissisme et de l'exhibitionnisme selon le philosophe Robert Redeker


Dans le nouveau numéro du magazine Médias (Hiver 2009), le philosophe Robert Redeker publie une carte blanche très incisive et critique sur le réseau social Facebook. Titre de cet article "Facebook, narcissisme et exhibitionnisme" ; extraits :
 
"Facebook est surtout un média d'exhibition à laquelle la socialisation sert de masque (...) L'exigence stylistique est elle aussi absente, car, sur Facebook, on n'écrit pas, on communique. L'écriture - qui culmine chez les classiques de la littérature - repose sur un travail d'élaboration. Elle est indirecte. L'impératif du réseau social prône le contraire : dire directement, en quelques mots, sans élaboration. Brut de décoffrage - le contraire de la pensée, le déni de la littérature. Sur Facebook, la communication a tué l'écriture (...) La limitation du nombre de signes laissés aux commentaires est conçue pour empêcher le dialogue. Le fil des discussions en témoigne : sur Facebook, on ne se rencontre pas, on se croise. Les humains y sont des bulles autocentrées dont le lien social se réduit à une forme nouvelle de communication sans rencontre ni dialogue. (...)
 
Rien n'est plus frappant que les photos des pages Facebookiennes. Nos internautes y impriment d'innombrables représentations d'eux-mêmes. La plupart singent, plus ou moins consciemment, l'univers "people". Sur Facebook, l'exhibitionnisme, frontalement tourné vers les voyeurs, épouse le narcisisme, aspiré par une intériorité disparue. Jadis, le narcissisme se repliait sur le moi, la profondeur ; ici, il se replie sur le corps, la surface, l'épiderme, le pixel. Finalement, Facebook désinhibe le narcissisme et l'exhibitionnisme tout en les transformant."

dimanche 1 novembre 2009

La jetabilité au sein de la société, Bernard Stiegler

Le 25 octobre, dans l’émission Le Temps de le dire sur Europe 1, le journaliste Pierre Louis-Basse a dialogué avec « Un philosophe, un homme rare et précieux, Bernard Stiegler qui donne les clés du passage à la philosophie. Il nous donne le désir d'aimer ce monde pourtant si violent, de le comprendre aussi, de l'affronter et c’est passionnant. » Voici un large extrait de ce mini-entretien :

Pierre-Louis Basse : Le métier de philosophe, c'est vivre avec les idées, la pensée et la société. C'est un acte compliqué de contraintes, un grand effort, le fait d'aller vers la philosophie ?

Bernard Stiegler : Il y a deux façons d'aller vers la philosophie. La philosophie telle que la connaissent la plupart des gens, c'est un cours qui se passe en dernière année du lycée, ce qu’on appelle la terminale et c'est une activité scolaire. Il y a une autre façon de faire de la philosophie qui est plutôt un mode existentiel. Tout à l'heure Jacques Weber parlait du théâtre comme une façon de prendre soin de soi-même et des autres ; la philosophie, c'est du même acabit. La philosophie, cela dit, est née en Grèce dans un contexte de conflit, de combat. On ne le dit pas assez. Les philosophes se sont des gens qui se sont élevés contre une dégradation de la vie collective, de la cité Grecque et donc, dans ma conception, la philosophie c'est d'abord une lutte que l'on mène dans l'espace public.

Pierre-Louis Basse : Vous nous dites : Attention, n'évacuez pas la philosophie, ne vous contentez pas des bavardages savants, souvenez-vous de Socrate qui en est mort. La philosophie doit être au centre de la société. Finalement, de nos préoccupations y compris politiques ?

Bernard Stiegler : Surtout en ce moment. Tout le monde a bien pris conscience depuis un an, depuis la crise de 2008 que nous sommes dans une situation mondiale, planétaire où le destin de l'humanité est entre ses mains. Donc, il est absolument essentiel si on veut que les choses s'arrangent, ce qui n'est absolument pas du tout gagné évidemment, qu'une nouvelle intelligence collective se développe au niveau international et cela, ça suppose de lutter contre ce que j'ai appelé, dans un petit livre récemment, la bêtise systémique.

Qu'est-ce qui s'est passé l'année dernière, précisément au mois d'octobre 2008 lorsque General Motors a décroché, lorsque Ford a décroché, etc. C'est un modèle industriel qui a un siècle qui s'appelle le consumérisme qui s'est effondré pour des raisons qu'il faudrait analyser très en détails. Il s'est effondré en grande partie parce qu'il a reposé sur un contrôle des comportements qui a amené les gens de plus en plus à être soumis à la pression du marketing et à ne plus avoir leur propre existence en main. Par exemple, les parents savent très bien qu'aujourd'hui le marketing est beaucoup influent sur leurs enfants qu'eux ne le sont eux même.

Ceci est une situation dont maintenant nous sentons qu'elle ne peut pas durer. D'abord parce qu'elle produit de la toxicité, du CO2. Elle pollue la planète. C'est ce que les économistes appellent des externalités négatives c'est-à-dire des phénomènes d'empoisonnement qui ne sont pas supportés par les acteurs économiques qui les produisent mais qui sont supportés par tout le monde. D'autre part, elles induisent des phénomènes comme la perte d'attention chez les enfants, des situations qui sont extrêmement dangereuses.

Pierre-Louis Basse : Est-ce que c'est une partie visible de l'iceberg, de la souffrance qui existe au travail ?

Bernard Stiegler : Absolument, il y a un phénomène de destruction de toutes les motivations. Qu'est-ce qui s'est passé ? Le consumérisme qui repose sur une obsolescence toujours plus grande des produits, une jetabilité toujours plus grande des objets.

On consomme quelque chose, on achète, je ne sais pas un Blackberry et un an plus tard, on s’aperçoit qu'on est dépassé, qu'on devrait être à l'iPhone qui lui-même, etc. Il y a une espèce de fuite en avant dans la consommation qui se traduit aussi sur les entreprises par une jetabilité accrue et des entreprises - parce que maintenant ce qu'on appelle le management actionnarial fait que les actionnaires arrivent ; ils passent 2 ans à prendre le maximum de plus-value et ils s'en vont et laissent comme des pirates, on dirait en quelque sorte, une entreprise exsangue - et ils font pareils avec les salariés.

lundi 24 août 2009

Michel Serres, crise dans l'éducation et droit d'auteur sur Internet

Le quotidien Les Echos poursuit ses entrevues "Grands témoins" en interrogeant des personnalités sur la Crise du Siècle. Quel est leur regard et leur point de vue sur cet évènement majeur. Dans son édition du jour, le philosophe Michel Serres présente son approche de la Crise et plus largement de la conjonction des crises récentes. Il considère notamment que l'éducation subit des bouleversements majeurs sous-estimés et s'intéresse aux questions de régulation avec la question du Droit d'auteur sur Internet ; extraits :

Crise majeure dans l'éducation

"Est-ce que l'ampleur de la tempête de l'automne a modifié un peu votre vision ?

Si nous nous étions vus n'importe quand au cours des 25 dernières années j'aurais pu vous décrire l'ampleur de la tempête que subissent les instituteurs, les professeurs du secondaire et du supérieur. La génération a changé, le savoir a changé, la transmission a changé... Ce que nous avons subi dans l'enseignement est un tsunami de la même importance que ce que vous avez vécu dans la finance. La vôtre de crise a fait plus de bruit, mais la société n'a pas prêté au tsunami vécu par ses enfants une attention à la mesure de l'évènement. Elle préfère son argent à ses enfants. Je me dis souvent que les gens ne se rendent pas compte de ce que vont être les prochaines générations adultes. Je vois l'importance de votre crise, les milliards en jeu, l'effondrement de certaines fortunes. Mais avez-vous conscience de l'effondrement des savoirs ? Il n'y a plus de latin, il n'y a plus de grec, il n'y a plus de poésie, il n'y a plus d'enseignement littéraire. L'enseignement des sciences est en train de s'effondrer partout."


"Toutes les lois qu'on veut faire sur les droits d'auteur et la propriété sur Internet, c'est de la rigolade"

"Vous accordez beaucoup d'importance au droit. Notre monde a beaucoup de problèmes de régulation : finance, droits d'auteur sur Internet...

Dans une société, il y a des zones de droit et des zones de non-droit. La forêt était jadis une zone de non-droit infestée de malandrins et de voleurs. Un jour, pourtant, un voyageur traversant la forêt de Sherwood constata que tous les voleurs portaient une sorte d'uniforme ; ils portaient tous un chapeau vert et ils étaient sous le commandement de Robin Hood. Robin, qu'est-ce que ça veut dire ? Celui qui porte la robe du juge. Robin incarne le droit qui est en train de naître dans un lieu où il n'y avait pas de droit. Toutes les lois qu'on veut faire sur les droits d'auteur et la propriété sur Internet, c'est de la rigolade. Internet est un lieu de non-droit comme la forêt dont nous parlions. Or un droit qui existe dans un lieu de droit n'est jamais valable dans un lieu de non-droit. Il faut que dans ce lieu de non-droit émerge un nouveau droit. Dans le monde de demain doit émerger un nouveau droit. Si vous voulez réguler le monde d'aujourd'hui avec le vieux droit, vous allez échouer, exactement comme on a fait sur Internet. Il faut attendre que dans la forêt d'Internet on puisse inventer un droit nouveau sur ce lieu de non-droit. Plus généralement, dans cette crise qui fait entrevoir un nouveau monde, ce n'est pas le droit ancien qui va prévaloir."

lundi 4 mai 2009

Twitter et enseignement : exemple en philosophie

Dans son édition du 30 avril 2009 (n°3322), l’hebdomadaire La Vie consacre un dossier de 4 pages sur les réseaux sociaux intitulé "Développez vos relations sur Internet" dans la rubrique Vivre Ensemble. L’accroche est séduisante : "My Space, Twitter, Facebook… Les clés pour faire un bon usage des réseaux sociaux". Vous retrouverez sur le portail de La Vie, un article largement consacré à Twitter ainsi qu’une présentation de 4 réseaux sociaux en quelques clics : Facebook, Twitter, MySpace et Beboomer.

Dans la version papier de l’hebdomadaire, un encart est consacré à une utilisation intéressante de Twitter dans un contexte pédagogique. La parole appartient à un professeur de philosophie : "François Jourde, prof de philo : Un apprentissage déterminant" ; extrait :

"Pour mes élèves, j’ai choisi Twitter, qui a l’avantage d’être simple dépouillé, sans publicité (pour l’instant) et encore en développement. Je leur ai demandé d’ouvrir un compte afin de se familiariser avec cet outil, puis d’inviter des personnes à les rejoindre. Peu à peu, notre réseau a formé une toile qui n’a pas de centre. L’utilisation de Twitter a permis de décomplexer mes élèves, surtout ceux qui avaient des difficultés à s’exprimer ou à nouer des contacts à l’extérieur. Certains ont même sollicité des spécialistes pour enrichir leurs exposés, ce qu’ils n’auraient jamais fait autrement. Avec l’arrivée des réseaux sociaux, avoir une identité numérique est devenu une nécessité. Encore faut-il savoir la construire. C’est pourquoi il faut accompagner les jeunes, afin qu’ils utilisent ces outils de façon intelligente. Dans le monde actuel, savoir faire communauté est un apprentissage déterminant. Si Twitter peut y aider, pourquoi s’en priver ?"

François Jourde est Professeur de Philosophie et de Psychosociologie de la communication (Lille, France). Voici l'adresse de son Twitter : http://twitter.com/francoisjourde .

mardi 28 avril 2009

Quelle voix pour le texte ?

L'éditorial de Pierre Hemptinne pour le nouveau numéro du périodique "La Sélec"(n°4, 15 avril 2009) de La Médiathèque (association sans but lucratif assurant depuis 1956, le prêt de médias audiovisuels en Wallonie et à Bruxelles) réfléchit sur le goût de la lecture en 2009 :

"Ça fait des décennies que le management, le marketing et les petits guides de la réussite le serinent sur tous les tons : soyez courts, parlez bref, écrivez direct, après trois minutes, on zappe, plus de dix lignes, on décroche, pensez eficace… Et le texte se barre à proportion que le storytelling instrumentalise la langue. Après on se lamente, forcément, "les jeunes ne lisent plus" !

L’écrivain Danièle Sallenave, après plusieurs interventions dans les écoles, pour redonner le goût de la lecture, surenchérit : les adultes, les enseignants ne lisent plus, alors, forcément, les jeunes ! Et de poser la question avec Al Gore : comment une société qui déserte l’écrit peut-elle s’en sortir !? Mais derrière le "nous, on n’aime pas lire", avec lequel les jeunes, finalement,  renvoient le jugement porté sur eux, Danièle Sallenave appréhende surtout un manque, voire un besoin de texte, mais selon un désir qui ne trouve plus son objet, à qui on ne parle plus…"

lundi 27 avril 2009

Boris Vian, informaticien avant l'heure

50 ans après sa mort, le génie pluriel de Boris Vian (chanteur, auteur, romancier, poète, ingénieur, inventeur) demeure inclassable. L’homme savait rêver, imaginer et fut en avance sur son époque. Une vie trop brève, pleine de sens ; une œuvre pléthorique et un personnage hors du commun que l’on a plaisir à redécouvrir dans le mensuel Lire (n°374, avril 2009).

François Roulmann, expert en livres anciens et auteur de "Boris Vian, le swing et le verbe" (Textuel) avec Nicole Bertolt, évoque le travail de Boris Vian à l’AFNOR (Association Française de Normalisation) et à l’Office du papier :

"Il a été déçu de se retrouver à faire de la normalisation de tubes en verre. Et il avait manifestement pas mal de temps à lui. Il faisait un travail d’ingénieur, mais assez fonctionnarisé. Ses différents postes sont vite devenus alimentaires, car l’autre facette de sa vie, la volonté de devenir écrivain, s’est épanouie à ce moment-là. Il a pu écrire, pendant ses heures de bureau, "L’Écume des jours" et "L’Automne à Pékin", entre autres. Mais il a conservé cet esprit d’ingénieur. Il a déposé en 1955, un brevet tout à fait sérieux de « roue à élastique ». C’était en fait un pneu sans chambre à air, qui a été testé, je crois, sur le tramway de Saint-Étienne (…)
maticien-avant-l-heure
Dans un texte, il parle d’une "machine à fabriquer du Mozart". Dans les années 50, on était au tout début des ordinateurs et il avait été frappé par une machine qui repérait les passages apocryphes dans Saint-Thomas-d'Aquin. Il a déclaré qu’en repérant les différentes formules musicales dans l’œuvre de Mozart, on pouvait écrire du Mozart. Et il ne se trompait pas. Il a eu l’intuition des développements de l’informatique, des compressions et des repérages de mots, comme on le fait aujourd’hui avec Google."

dimanche 26 avril 2009

Joël de Rosnay, Internet s'auto-organise en un méta-ordinateur mondial



Dans le nouveau numéro de Research.eu - Magazine de l'espace européen de la Recherche (n°59, Mars 2009),  parole est donnée au scientifique français Joël de Rosnay qui s'exprime sur l'avenir de la civilisation numérique et d'un Internet "vivant" avec des risques inhérent à son développement ; extrait :

"(…) La civilisation numérique dans laquelle nous entrons progressivement ne se résume pas à Internet, mais elle englobe également les télécommunications (téléphone, télévision), les satellites, les environnements intelligents… Il reste que l’Internet de demain, avec ses blogs, emails, vidéo, messageries, systèmes mobiles, favorisera une encore plus grande interaction entre les utilisateurs. Internet s’est développé comme un système darwinien, de manière buissonnante comme la vie elle-même, à l’image de l’arbre de l’évolution du vivant. Il y a peu de planification d’ensemble dans l’évolution du réseau mondial, mais des myriades d’initiatives individuelles ou de petits groupes. On assiste à l’auto-organisation d’une intelligence "collaborative" ou "connective" - termes que je préfère à "collectives" (...)

Les potentiels sont très grands : par exemple, en repensant les rapports entre les politiques et les cybercitoyens, ce qu’il faudra de toute façon faire, on pourrait inventer une véritable cyberdémocratie, bien plus participative, qui viendrait compléter la démocratie représentative traditionnelle. Cela suppose évidemment d’œuvrer pour que cette intelligence émergente conduise à ce que James Surowiecki appelle "The Wisdom of Crowd" (la Sagesse des foules). Mais rien ne dit que cette sagesse se manifestera toujours dans la bonne direction. Les foules peuvent aussi devenir folles, amplifier des effets minimes, réagir de manière épidermique ou se retourner contre ceux qui posent des questions (…)

Le risque principal (au développement de la civilisation numérique) est celui d’une société duale, qui cumulerait un individualisme forcené (tel qu’on le voit souvent chez les jeunes) et un tribalisme croissant, un communautarisme de plus en plus fort, ce qui me fait craindre des mouvements grégaires emmenant des gens ensemble vers des directions auxquelles ils n’ont pas assez réfléchi. J’ai déjà écrit que plus le monde se mondialise, plus il se tribalise. C’est à la fois positif et négatif : les gens tiennent à leur pays, à leur culture, à leur langue, à leurs racines, à leur territoire, tout cela est un plus. Mais poussé à l’extrême, cela débouche sur un nationalisme exacerbé qui devient dangereux."


samedi 25 avril 2009

Usages de Twitter par les stars, communication et marketing



Le Nouvel Observateur (n°2320, du 23 au 29 avril 2009) s'attarde au phénomène Twitter et à son appropriation dans un cadre communicationnel et promotionnel par les stars.

Ce groupe d'utilisateurs est largement mis en avant par Twitter, favorisé par le service. Rien de plus évident : ces stars permettent, avec facilité, de publi-informer le grand public sur Twitter, de les inviter à rejoindre la plateforme pour faire nourrir le "rêve" d'une connivence de proximité avec le fan : ce fut le cas la semaine dernière avec une séquence Twitter dans le show américain d'Oprah Winfrey (1,2 million de nouveaux utilisateurs de Twitter en une journée!) ou encore l'acteur et humoriste anglais Stephen Fry (qui a aidé à faire connaître Twitter en Grande-Bretagne) et dont l'audience sur Twitter est très importante (cf. l'effet marketing Frying Point).

Le Nouvel Observateur s'interroge donc sur Twitter comme média utilisé par les stars avec cet article : "Le phénomène Twitter : Stars, Web et ragots" (couplé à un encadré "Quand les politiques "twittent"..." : "Ce site de «microblogging» sur lequel chacun peut diffuser ses petits commentaires fait fureur, notamment parmi les célébrités, qui l'utilisent pour tenir leurs fans en haleine. Décryptage".

On retiendra les propos intéressants et critiques de Stéphane Hugon, sociologue au CEAQ (Centre d'Etudes sur l'Actuel et le Quotidien, Université René Descartes - Sorbonne, Paris 5) sur le service Twitter et ses utilisations :

"Une expérience sociale hypnotique (...) C'est ce qui fait le côté fascinant de tous ces réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter. Le contenu en tant que tel est proche de zéro. Ce qui compte, c'est l'interaction, le flux d'informations... (...) Contrairement à ce qui passe dans les médias traditionnels, sur internet l'information n'a de valeur que si elle est validée par le public (...) Il n'y a plus de modèle charismatique. L'espace utopique, c'est désormais celui du quotidien".

Virginie Spies
, sémiologue (Maître de Conférences à l'Université d'Avignon et chef du Département des Sciences de l’Information et de la Communication), usagère de Twitter, décrypte, quant à elle, l'intérêt de Twitter pour les stars :

"Le people, c'est le VIP de proximité, quelqu'un à qui le public peut s'identifier Demi Moore, elle, joue sur les deux tableaux, un peu comme Angelina Jolie. Ce sont des icônes glamour, mais aussi des people, bref, elles habitent à la fois dans Gala et dans Voici (...) Comme des marques, elles se doivent d'être présentes sur tous les supports."


vendredi 24 avril 2009

Médias sur Twitter, quelle présence ?

Pour son édition du 20 avril 2009, l'hebdomadaire professionnel français CB News (Communication & Business News) fait sa une sur Twitter : "Micro-blogging : Le coup de foudre du marché pour Twitter" avec au sommaire :

Un éditorial ("Let's Twit Again") et une double-page intitulée "Le chant de Twitter envoûte la planète" avec trois pavés repères (une brève présentation en 3 questions ; l'intérêt de Twitter pour les médias et les marques ; la définition des Gazouillis par Twitter) ainsi que 4 articles : "Marques : ne pas hésiter à suivre les followers" ; "Médias : ils se cherchent, les journalistes s'y trouvent" et "Agences et bloggers : Devine qui je suis" avec la particularité de mettre en avant assez peu d'exemples français et francophones de Twitter en communication, marketing et promotion.

Au sein du dossier de l'hebdomadaire, on notera ce passage intéressant sur les Twitter de médias :

"Quotidiens, newsmagazines, chaînes de télé et, évidemment, sites Internet ont envahi le site le plus en vue du moment (Twitter). Ces médias déposent sur des comptes officiels les titres des articles mis en ligne et des liens pour y accéder directement dans le but d’informer leur communauté et, surtout, de générer du trafic. Une démarche utile s’il s’agit de diffuser un « breaking news » ou de faire buzzer une info exclusive, mais qui se révèle contre-productive quand les éditeurs publient la liste complète de leurs nouvelles pages, abreuvant leurs followers de dizaines de mises à jour par heure. (…)

Si un journal n’apporte rien à son compte officiel, mieux vaut suivre l’exemple du
Chicago Tribune, qui a simplement mis les comptes de ses journalistes en avant. Ces derniers profitent de la réactivité de Twitter pour publier leurs infos en temps réel, décrire les coulisses des évènements, donner du off et dénicher des liens improbables."

A noter que CBNews possède un Twitter privé (sur invitation).

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