Jerome David Salinger, auteur
de l'Attrape-Coeurs est mort loin des écrans et des interviews, le 27 janvier
2010. Ce midi, dans l'émission Le Temps de
le Dire (Europe 1), le journaliste Pierre-Louis Basse a
interrogé le philosophe Bernard Stiegler sur le retrait volontaire de l'univers
médiatique de JD Salinger. Voici la transcription de cet échange :
"Pierre-Louis Basse : Franchement, c'est vous que nous
souhaitions entendre. Peut-on aujourd'hui avoir une relation au monde, une
réflexion des livres tout en échappant à l’image et au spectacle dévastateur
qui ne manqueront pas de nous engloutir ?
Bernard Stiegler : Il ne faut pas se couper du monde
totalement. C'est difficile d’exister, de penser si l'on n'est pas en relation
avec les autres. Maintenant, je pense qu’il est indispensable d'être un peu en
retrait et que l'attitude que Salinger a adopté quand son roman a eu ce succès
absolument extraordinaire, est absolument magnifique parce que je crois qu'il a
compris qu'en fait, normalement, une oeuvre littéraire, un travail
intellectuel, une recherche artistique, ne trouvent pas immédiatement son
public. Ca arrive parfois. De très grands cinéastes comme Charlie Chaplin, de
très grands savants, de très grands artistes ont parfois trouvé leur public
tout de suite, très vite en tout cas mais c'est absolument exceptionnel et
quand cela arrive, il faut faire extrêmement attention parce que c'est
dangereux. Je crois que Salinger l'a compris. Il s'est mis en retrait parce ce
qui l'intéressait n'était pas d'avoir du succès, c'était d'écrire, c'était de
penser.
Alors pourquoi, en ce qu'en règle générale, le travail littéraire, artistique,
intellectuel ne coïncide pas avec son époque ? Précisément parce qu'il explore,
il invente, il recherche et en règle générale, il est en décalage. C'est aussi
la raison pour laquelle, pour pouvoir travailler, il faut être soi-même un peu
en décalage, soi même à l'abri.
Alors, après, la question que vous me posez, se pose au 21e siècle dans un
monde extrêmement médiatisé où l'image compte de manière presqu'affolante, où
tout est média::tisé, où tout est industrie culturalisée si je puis dire. Tout
passe maintenant sur les blogs, sur Internet. Les questions évoluent. Les
réalités se transforment. Je pense qu'aujourd'hui, il faut absolument être
présent dans ce monde-là mais pas sur la modalité que ce monde-là voudrait nous
imposer dans la manière d'être présent."
dimanche 31 janvier 2010
Echapper au monde médiatisé par Bernard Stiegler
Par Jean-Luc Raymond le dimanche 31 janvier 2010, 22:15 - Revue de Presse
lundi 28 décembre 2009
Facebook, royaume du narcissisme et de l'exhibitionnisme selon le philosophe Robert Redeker
Par Jean-Luc Raymond le lundi 28 décembre 2009, 11:03 - Revue de Presse

Dans le nouveau numéro du magazine Médias (Hiver 2009), le philosophe Robert Redeker publie une carte blanche très incisive et critique sur le réseau social Facebook. Titre de cet article "Facebook, narcissisme et exhibitionnisme" ; extraits :
"Facebook est surtout un média d'exhibition à laquelle la socialisation sert de masque (...) L'exigence stylistique est elle aussi absente, car, sur Facebook, on n'écrit pas, on communique. L'écriture - qui culmine chez les classiques de la littérature - repose sur un travail d'élaboration. Elle est indirecte. L'impératif du réseau social prône le contraire : dire directement, en quelques mots, sans élaboration. Brut de décoffrage - le contraire de la pensée, le déni de la littérature. Sur Facebook, la communication a tué l'écriture (...) La limitation du nombre de signes laissés aux commentaires est conçue pour empêcher le dialogue. Le fil des discussions en témoigne : sur Facebook, on ne se rencontre pas, on se croise. Les humains y sont des bulles autocentrées dont le lien social se réduit à une forme nouvelle de communication sans rencontre ni dialogue. (...)Rien n'est plus frappant que les photos des pages Facebookiennes. Nos internautes y impriment d'innombrables représentations d'eux-mêmes. La plupart singent, plus ou moins consciemment, l'univers "people". Sur Facebook, l'exhibitionnisme, frontalement tourné vers les voyeurs, épouse le narcisisme, aspiré par une intériorité disparue. Jadis, le narcissisme se repliait sur le moi, la profondeur ; ici, il se replie sur le corps, la surface, l'épiderme, le pixel. Finalement, Facebook désinhibe le narcissisme et l'exhibitionnisme tout en les transformant."
lundi 23 novembre 2009
Twitter en français, 10 tendances chez les nouveaux utilisateurs
Par Jean-Luc Raymond le lundi 23 novembre 2009, 10:39 - Twitter

Twitter est disponible en français (et en version grand public) depuis le vendredi 20 novembre au matin (heure de Paris) par un message sur le blog de Twitter : Nouvelle saveur Twitter en français. L'attente de la version française a donc été plus courte que prévue même si les signes annonciateurs de l'oiseau gazouillant dans la langue de Molière semblaient s'accélérer depuis quelques jours, l'équipe dirigeante annonçant il y a quelques jours une disponibilité sous trois semaines.
Chaque utilisateur de Twitter peut très simplement opérer la bascule vers la version Twitter en français via le menu Settings > Account > Language.
Un nouveau Twitter pour apprendre Twitter :
http://twitter.com/ApprendreTwiter
Pour information, je viens de créer un Twitter uniquement en français pour signaler des ressources pédagogiques pour apprendre et se familiariser avec Twitter : http://twitter.com/ApprendreTwiter en ayant donc une pensée particulière pour les nouveaux arrivants de Twitter en français qui peuvent se sentir déboussolés par ce service. (Nota Bene : ApprendreTwiter avec un "T" car Twitter interdit la création de comptes où l'on reprend le mot "Twitter").
Twitter en français : 10 tendances chez les nouveaux utilisateurs
Voici les 10 tendances que j'ai pu observées chez les nouveaux utilisateurs de Twitter en français :
1. Une aide partiellement francisée
Twitter en français, c'est d'abord une version bêta imparfaite, une traduction inachevée signifiant que les traducteurs bénévoles sont encore nécessaires pour pousuivre la laborieuse tâche. Toutefois, la plateforme a fait un effort appréciable avec une Assistance Twitter - en français, une "documentation de l'aide" assez fournie pour que le quidam souhaitant plonger dans Twitter puisse s'y retrouver. Peu de services en ligne commerciaux nouvellement francisés offrent déjà un menu d'aide consistant tel celui-ci.
2. La liste d'utilisateurs suggérée francophone est Française et Canadienne
Alors que Twitter a annoncé la fin prochaine (mais non datée) de la liste d'utilisateurs suggérés, le service américain poursuit étrangement cette politique avec une liste de 47 utilisateurs suggérés francophones (à ce jour) recouvrant majoritairement des comptes français et canadiens, offrant pour le moment une vision restrictive de la langue française : pas de compte Belge ni Suisse indiqué dans cette liste. Twitter a volontairement choisi d'implémenter une liste d'utilisateurs suggérés sans aucun doute pour créer un effet de levier rapide de progression du nombre d'utilisateurs en Français : le rattachement à des comptes "phares" créant une émulation et une popularité de la plateforme liée à quelques comptes présentant des usages variés a l’avantage de démontrer à l’utilisateur lambda son "non isolement' sur Twiter.
"Peut-être avez-vous entendu parlé de ces personnes ? Choisissez qui vous voulez et abonnez-vous" et d'un clic, les nouveaux Twitter francophones peuvent donc s'abonner à ces comptes... C'est donc ce qui est suggéré et ce qui m'a servi à établir quelques tendances fortes : un portrait en instantané des nouveaux utilisateurs de Twitter qui se retrouvent donc dans les abonnés (followers) des 47 comptes. Qui sont ces comptes suggérés ? Des particuliers (évoluant plutôt dans le domaine de l'internet et de l'informatique), des journalistes, des médias, quelques hommes politiques, un évènement Web, de rares associations, administrations et entreprises.
Ma méthodologie : Les nouveaux inscrits ont une forte tendance à s'abonner à l'ensemble de ces comptes suggérés (lorsqu'ils cochent au bon endroit!). En collectant les données sur 48 heures (vendredi et samedi) sur 3 comptes suggérés figurant en début de liste, on peut dégager des profils et usages types compilés ci-dessous. Ces caractéristiques n'ont bien sûr aucune valeur scientifique.
3. Le flot "automatisé" de ces nouveaux abonnés déconcerte certains utilisateurs suggérés
Il semble que Twitter n'a pas prévenu les utilisateurs suggérés qu'ils figuraient dans cette liste. C'est la surprise qui domine et l'incrédulité. Tous se retrouvent à gérer un flux entre 500 et 700 nouveaux abonnés par jour. Certains se plaignent de la non qualité de ces nouveaux abonnés mais ne peuvent pas y faire grand-chose. Le vécu de ces nouveaux comptes stars sera donc fait d'abonnés "non sollicités" en quelque sorte où il leur est bien difficile de distinguer la valeur et la qualification des comptes qui les suivent.
4. L'avatar oiseau par défaut, peu de profils avec photos et encore moins des images-logos
L'avatar est une sorte de signature affirmée sur Twitter. L'énorme majorité des nouveaux comptes Twitter en français ne choisissent pas d'avatar, de photo ou d'image logo préférant opter pour le petit oiseau fourni en standard par défaut. Seuls 15 % des comptes retirent l'oisillon pour une démarche personnalisée. On voit là que la préoccupation est bien de tester la plateforme plus que de s'affirmer dans une présence numérique bien identifiée. En outre, les fausses images des comptes de spam habituels qui inondent Twitter dans sa version de base anglophone sont encore peu présentes en français.
5. Une présentation extrêmement sommaire de chaque compte
Seuls 40 % des nouveaux utilisateurs en moyenne ont renseigné la partie biographie de leur compte. Celle-ci reste sommaire pour la majorité des cas. La plupart du temps, c'est l'indication géographique qui est indiquée. Il n'y a pas de mise en avant de l'identité de l'utilisateur : à peine un utilisateur sur 3 indique un prénom et un nom. On reviendrait donc à un certain anonymat sur Twitter ce qui tranche évidemment avec Facebook où la réelle identité est une caractéristique forte d'utilisation du service. Les noms d'utilisateurs restent pauvres en information : souvent un pseudonyme comme nom d'utilisateur, plus rarement un vrai nom.
6. Des utilisateurs perdus qui se demandent ce qu'est Twitter
Bon nombre de premiers tweets (messages) de ces nouveaux utilisateurs font état de leur isolement ("Bjr, suis nouvelle et attends des contacts. Please don't leave me alone !!!") et du fait qu'ils se sentent perdus sur Twitter. En filigrane ou directement, les questions posées varient du : "Comment ça marche ?" ("coucou quelqu'un pe m'expliqué le but de ce sit") au "A quoi ça sert ?" ("Encore Perdue Bon ^^ On est des Habituées maintenant ^^ = " ; "Twitter c'est quoi cette M.... :s" ; "Twitter.. sa sert à quoi ça encore") en passant par la recherche d'un plus ("Je commence à en avoir marre de Facebook, donc voyons voir Twitter..."). Le fait d'y être présent est souvent vécu comme une "petite" victoire personnelle ("je suis un nouveau abonner de twitter" ; "ben voilà,je suis enfin sur twitter !").
7. Un contenu majoritairement... vide!
Plus de 2/3 des nouveaux comptes n'affichent aucun tweet. Cela montre que la barre "psychologique" de la publication n'est pas franchie par le nouvel utilisateur (au moins dans un premier temps... tout en sachant que ces mêmes comptes restent désespérément vides 2 jours après leur création). Si le compte Twitter est bien créé, le stade suivant n'est pas franchi. Est-ce que le statut compte plus que le contenu pour ces utilisateurs ? Plus de la moitié des nouveaux tweets rappellent une énonciation de type "chat" (abréviations avec phonétique simplifiée) ; il y a tout lieu de penser que Twitter en français est donc "massivement" investi par des publics jeunes (adolescents, jeunes adultes).
Qu'est-il exprimé sur la plateforme Twitter par les nouveaux utilisateurs ? Des articles ayant trait à l'actualité (la main de Thierry Henry, Twilight...), un dialogue intérieur extériorisé (extime), une expression sur ce que la personne est en train de faire (réponse à la question type figurant en en-tête de Twitter : "Quoi de neuf ?"). Souvent, le contenu est marqué par la solitude. Peu de "replies" (réponses) ceci d'autant plus évident que le nouvel utilisateur de Twitter n'a pas/peu d'ami(s) sur Twitter.
8. 20 % des nouveaux comptes sont privés
Mesure intéressante si elle vient à se confirmer : près de 20 % des nouveaux comptes créés sont privés. Twitter en français jouerait-il dans le cadre d'une communication plutôt interpersonnelle ? Tout le laisse à penser. Le taux d'activité de ces comptes sera par nature plus élevé que des comptes créés et abandonnés. Bien évidemment, il est difficile d'imaginer l'utilisation de comptes en mode privé : cela relève-t-il uniquement de la fonction phatique du langage appliquée à Twitter ? Nul ne le sait.
9. D'où sont les nouveaux utilisateurs ? Une sur-représentation française et à un degré moindre du Maghreb
Il est possible d'avoir quelques informations sur la localisation des utilisateurs (par un autre moyen que la fonction "géolocalisation" de Twitter), ceci via la biographie du compte ou l'indication portée dans le pseudonyme (code postal, indication du numéro du département en France... des pratiques similaires d'ailleurs à la présence sur la plateforme Skyblogs). On note une sur-représentation de nouveaux comptes français et plus surprenant une adoption rapide dans les pays du Maghreb (du plus présent au moins présent : Tunisie, Maroc et Algérie). Pour ces comptes du Maghreb, une expression mixte en français et en arabe est très commune.
10. Une minorité de présence de la part des entreprises, des associations, des collectivités territoriales et des administrations
Parmi ces nouveaux comptes créés en français, il y a très peu d'entreprises, d'associations, de collectivités locales et d’administrations encore présentes. Le monde de l'entreprise est surtout représenté par un mode de travail individuel (indépendant, consultant, micro-entreprise). Quelques associations sont nouvellement actives sur Twitter en français tout comme les collectivités territoriales et administrations (en très faible nombre pour ces dernières). Le contenu est encore trop peu développé pour se livrer à une analyse fondée.
Notons simplement que pour l’univers de l’entreprise, le premier tweet sert souvent à indiquer l'adresse du site Web et/ou à mentionner l'activité de la structure et/ou à mentionner directement une démarche commerciale.
lundi 2 novembre 2009
Twitter Street Art, Paris, 1000 first twits of @ff_ff
Par Jean-Luc Raymond le lundi 2 novembre 2009, 23:58 - Twitter
Young talented French graphic designer Florent
Guerlain has made a poster of his 1000 first
tweets and some stats/figures about his Twitter account
(@ff_ff) now featured on the walls in two streets of Paris: Passage des
Petites Écuries (10th arrondissement) et Impasse Lamier (11th arrondissement).
Go there! You can find more pictures and a video of this new street art
projet here and there. What are
you doing ? 1000 first twits of @ff_ff.
Qu'est-ce qu'utiliser Twitter ? Est-ce laisser une trace dans l'éphémère,
composer et publier des articles qui s'évanouissent dans une ligne du temps
sans cesse éperdue comme une accélération sans fin ? Twitter, espace de
publication qui nie partiellement la mémoire et les archives de dialogue
interrompus ou à parachever. Ecrire, diffuser, échanger, projeter, imaginer,
rediffuser avec des URL raccourcies... Et puis ces chiffres qui défilent :
nombre de tweets, following/followers... Twitter, c'est un peu beaucoup
s'épancher. Chaque tweet est inséré dans une page privée ou publique,
gazouillis général, message direct (glissé à l'oreille) ou réponse sur le
dazibao ante-chronologique. "What are you doing ?" est la question-clé
imperturbable qui invite à la réponse via un rectangle où les 140 caractères se
font expression. L'écriture demeure et les pages s'en emparent...
Parce que la mémoire des Tweets a besoin d'un objet tangible et que le Twitter
Art sait se fondre au présent, Florent Guerlain, graphiste, a décidé ce week-end
d'afficher sur 2 murs parisiens, Passage des Petites Écuries (10e
arrondissement) et Impasse Lamier (11e arrondissement), une frise papier collée
de 5 mètres de long affichant les 1000 premiers twitts de son compte Twitter
(@ff_ff), comme une sorte de bilan avec quelques chiffres-clés
à l'appui. Expérience intéressante qui n'est pas sans rappeler quelques
caractéristiques de Twitter. What are you doing ? 1000 first twits of
@ff_ff est un projet et un objet éphèmère. Voici quelques clichés de
ces deux posters saisis cet après-midi. Pour les parisiens, il n'est pas trop
tard pour lire les 1000 premiers twits de Florent Guerlain. Du Twitter
Street Art qui en est juste à ses balbutiements. Cf. les photos et
vidéo de cette "installation" sur cette page et cette autre page.
Crédit photos : Jean-Luc Raymond. Novembre 2009.
dimanche 1 novembre 2009
La jetabilité au sein de la société, Bernard Stiegler
Par Jean-Luc Raymond le dimanche 1 novembre 2009, 17:01 - Revue de Presse

Le 25 octobre, dans l’émission
Le Temps de le dire sur Europe 1, le journaliste Pierre
Louis-Basse a dialogué avec « Un philosophe, un homme rare et
précieux, Bernard Stiegler qui donne les clés du
passage à la philosophie. Il nous donne le désir d'aimer ce monde pourtant si
violent, de le comprendre aussi, de l'affronter et c’est passionnant. » Voici
un large extrait de ce mini-entretien :
Pierre-Louis Basse : Le métier de philosophe, c'est vivre avec
les idées, la pensée et la société. C'est un acte compliqué de contraintes, un
grand effort, le fait d'aller vers la philosophie ?
Bernard Stiegler : Il y a deux façons d'aller vers la
philosophie. La philosophie telle que la connaissent la plupart des gens, c'est
un cours qui se passe en dernière année du lycée, ce qu’on appelle la terminale
et c'est une activité scolaire. Il y a une autre façon de faire de la
philosophie qui est plutôt un mode existentiel. Tout à l'heure Jacques Weber
parlait du théâtre comme une façon de prendre soin de soi-même et des autres ;
la philosophie, c'est du même acabit. La philosophie, cela dit, est née en
Grèce dans un contexte de conflit, de combat. On ne le dit pas assez. Les
philosophes se sont des gens qui se sont élevés contre une dégradation de la
vie collective, de la cité Grecque et donc, dans ma conception, la philosophie
c'est d'abord une lutte que l'on mène dans l'espace public.
Pierre-Louis Basse : Vous nous dites : Attention, n'évacuez
pas la philosophie, ne vous contentez pas des bavardages savants, souvenez-vous
de Socrate qui en est mort. La philosophie doit être au centre de la société.
Finalement, de nos préoccupations y compris politiques ?
Bernard Stiegler : Surtout en ce moment. Tout le monde a bien
pris conscience depuis un an, depuis la crise de 2008 que nous sommes dans une
situation mondiale, planétaire où le destin de l'humanité est entre ses mains.
Donc, il est absolument essentiel si on veut que les choses s'arrangent, ce qui
n'est absolument pas du tout gagné évidemment, qu'une nouvelle intelligence
collective se développe au niveau international et cela, ça suppose de lutter
contre ce que j'ai appelé, dans un petit livre récemment, la bêtise
systémique.
Qu'est-ce qui s'est passé l'année dernière, précisément au mois d'octobre
2008 lorsque General Motors a décroché, lorsque Ford a décroché, etc. C'est un
modèle industriel qui a un siècle qui s'appelle le consumérisme qui s'est
effondré pour des raisons qu'il faudrait analyser très en détails. Il s'est
effondré en grande partie parce qu'il a reposé sur un contrôle des
comportements qui a amené les gens de plus en plus à être soumis à la pression
du marketing et à ne plus avoir leur propre existence en main. Par exemple, les
parents savent très bien qu'aujourd'hui le marketing est beaucoup influent sur
leurs enfants qu'eux ne le sont eux même.
Ceci est une situation dont maintenant nous sentons qu'elle ne peut pas durer.
D'abord parce qu'elle produit de la toxicité, du CO2. Elle pollue la planète.
C'est ce que les économistes appellent des externalités négatives c'est-à-dire
des phénomènes d'empoisonnement qui ne sont pas supportés par les acteurs
économiques qui les produisent mais qui sont supportés par tout le monde.
D'autre part, elles induisent des phénomènes comme la perte d'attention chez
les enfants, des situations qui sont extrêmement dangereuses.
Pierre-Louis Basse : Est-ce que c'est une partie visible de
l'iceberg, de la souffrance qui existe au travail ?
Bernard Stiegler : Absolument, il y a un phénomène de
destruction de toutes les motivations. Qu'est-ce qui s'est passé ? Le
consumérisme qui repose sur une obsolescence toujours plus grande des produits,
une jetabilité toujours plus grande des objets.
On consomme quelque chose, on achète, je ne sais pas un Blackberry et un an
plus tard, on s’aperçoit qu'on est dépassé, qu'on devrait être à l'iPhone qui
lui-même, etc. Il y a une espèce de fuite en avant dans la consommation qui se
traduit aussi sur les entreprises par une jetabilité accrue et des entreprises
- parce que maintenant ce qu'on appelle le management actionnarial fait que les
actionnaires arrivent ; ils passent 2 ans à prendre le maximum de plus-value et
ils s'en vont et laissent comme des pirates, on dirait en quelque sorte, une
entreprise exsangue - et ils font pareils avec les salariés.
mercredi 28 octobre 2009
5 nouvelles tendances Twitter
Par Jean-Luc Raymond le mercredi 28 octobre 2009, 09:00 - Twitter

Les pratiques de Twitter sont mouvantes.
Certaines se popularisent de façon éphémères, d'autres sont largement adoptées
de façon durable. Voici une revue sommaire de 5 tendances
notables qui cherchent à s'imposer dans l'écosystème Twitter.
La nouvelle hiérarchie des listes sur Twitter
Mini-révolution de palais chez Twitter avec l'introduction progressive des
listes autrement dit des groupes de contacts que chaque Twitterer peut suivre,
des
listes d'abord
publiques. Twitter propose ainsi une nouvelle hiérarchie des twitterers :
ceux que l'on suit et ceux que l'on suit en priorité... Ceci ajoute un 4e
niveau de lecture à la plateforme : après les messages publics de ses
followers, les "replies" (réponses), les "direct messages" (messages directs),
voici venu le temps des messages de groupes. A n'en pas douter, ce module va
faire naître de nouvelles pratiques communautaires et tendre à unifier des
listes d'utilisateurs par centres d'intérêt, passions, professions, volontés
associatives... Sur un plan commercial, le ciblage et le monitoring seront plus
aisées pour les marques et les entreprises.
L'avatar Twitter animé comme signe distinctif
Comment se distinguer et sortir du lot sur Twitter ? Une des manières de ne pas
être noyé dans les flots des profils est de travailler à rendre son avatar
signifiant en se détachant du commun des mortels. Afin d'éviter de transformer
en "sapin de Noël" permanent les vignettes des twitterers, la firme Twitter a
interdit des avatars en gif animé mais rien n'empêche de contourner cette
barrière technique avec un fichier png. Un
mode d'emploi à suivre qui semble-t-il séduit un nombre grandissant
d'utilisateurs à travers le monde. Attirer l'oeil sur Twitter via un avatar
animé pour convaincre du bien-fondé d'être "followé" ; c'est un procédé de
communication flashant... Reste à savoir s'il est percutant en terme de
résultats.
L'internationalisation par l'adaptation culturelle de la plateforme et
le renforcement du service à l'étranger
Twitter s'internationalise à tout va non seulement via une traduction collaborative en cours de la
plateforme en Allemand, Français, Espagnol et Italien ; en s'offrant donc à
moindre frais (un dérivé de crowdsourcing volontaire) une adaptation du service
dans des langues occidentales... Mais aussi via le retour progressif de la
fonction SMS hors Amérique du Nord. Ce fut d'abord la Grande-Bretagne
en juillet et désormais l'Inde. Twitter
va encore plus loin en internationalisant désormais sa fonctionnalité de
comptes vérifiés ("Verified
Account")... Cela concerne des comptes français et francophones (voir
quelques exemples dans la
liste des traducteurs francophones de Twitter les plus actifs).
Twitter, mots-clés et Temps réel pour une communication et publicité
différente
La capitalisation de mots diffusés sur Twitter et de hashtags ("mots clés") est
utilisé par des dispositifs de publicité / marketing en ligne en fonction de
l'humeur du moment. La chaîne de restauration rapide Wendy's vient de lancer un
site Web dédié Wendy's Real
Time avec une section de tweets reprenant des mots-clés d'une sélection
thématique qui peut varier selon l'actualité (évènement sportif...) et la
campagne de communication en cours (menus...). Se glissant parmi les tweets
publics diffusés sous forme de bulles, des vidéos Wendy's et des bons de
restauration à gagner. Procédé similaire pour la firme de cigares E.P. Carillo
qui a choisi l'affichage en temps réel sur une cartographie Google Maps, de tweets
géolocalisés où apparaissent les termes "cigar(s)" et/ou "Carillo". Créativité
et jeux de mots sont une constante de ces nouveaux dispositifs de
communication, marketing, publicité en ligne associant la notion de temps réel
partagé l'outil basique Twitter.
Le Twitter gig
L'artiste Diane Tell évoquait il y a
quelques quelques jours le Twitter Gig de Jamie Cullum. Alors que le
chanteur-pianiste anglais s'apprête à sortir un nouvel album, il annonce
sur son Twitter un Twitter gig.
Principe de l'exercice ayant eu lieu vendredi soir dernier : un mini-concert à
la maison ("dans sa cuisine") sans fioriture devant son piano, set diffusé en
direct (mode vidéo) gratuitement via la plateforme Ustream à
destination des internautes souhaitant y participer. En live, les internautes
ont pu commenter le concert et la prestation de l'artiste. Jamie Cullum a
déclaré vouloir fêter son 20 000e "follower" sur Twitter. Caractéristiques d'un
Twitter gig : Simplicité (pas d'artifice sonore ou de lumière) avec une
captation via une webcam, dans un cadre du quotidien, quelques titres
interprétés (mini-concert) en mode acoustique live, commentés entre les
morceaux par l'artiste (qui peut également répondre aux questions des
internautes) ; un concert enregistré dont on peut aussi rediffuser des extraits
ou l'intégralité sur une
plateforme vidéo. Dans le monde francophone, le compositeur et pianiste
belge Domenico Curcio se produit
régulièrement en Twitter gig à
domicile et de plus en plus souvent invité chez des particuliers (dans son
pays, en France...) : un concept artistique original et chaleureux de
"proximité" entre l'artiste et le "fan".
A savoir...
Je fournis du conseil spécialisé sur l'utilisation de Twitter : formation
Twitter (depuis 2007) et consulting (depuis 2008) : Création, Editorial,
Coaching concernant Twitter et le microblogging. Références: TPE-PME, Grandes
entreprises, Institutions, ONG. N'hésitez pas à me contacter :
jeanluc.raymond@gmail.com
jeudi 22 octobre 2009
Pourquoi les adolescents utilisent peu Twitter ?
Par Jean-Luc Raymond le jeudi 22 octobre 2009, 09:20 - Twitter

Avec comme titre choc "Abandonner Twitter", un des articles
phare du Cahier de Tendances de Courrier International qui vient de paraître,
évoque un fait indéniable recoupé par plusieurs études : Twitter a du
mal à séduire les populations adolescentes ; un fait américain
souligné par plusieurs études dont le dernier rapport Pew Internet ("Twitter
and Status Updating, Fall 2009") qui nous informe que l'âge moyen de
l'utilisateur de Twitter est de 31 ans.
Dans sa publication, Courrier International donne la parole à Geoff Cook,
fondateur du réseau social MyYearBook,
qui livre une analyse fondée du désintéressement des jeunes publics pour
Twitter :
"Les adolescents actualisent déjà religieusement leurs statuts (en écrivant
une phrase pour décrire leur humeur du moment) sur d'autres sites tels que
Facebook, MySpace et myYearbook. Ils utilisent MySpace pour suivre l'actualité
des musiciens et des célébrités - le point fort de ce site. Pour rester proches
de leurs amis, ce qui est une de leurs préoccupations principales, ils
privilégient là encore Facebook et MySpace.
La plupart des adolescents n'utilisent pas Twitter parce que cela ne leur offre
pas de nouvelles possibilités par rapport à ce qu'ils peuvent déjà faire
ailleurs, ce qui est aussi une raison pour laquelle la plupart des adultes
n'utilisent pas le site. Cet état des choses peut se résumer en une simple
question : où est la valeur ajoutée de Twitter ?"
lundi 19 octobre 2009
5 tendances Twitter du moment : hashtag bombing, mesurer une opinion, avatar comme soutien à une cause, la mosaïque de followers
Par Jean-Luc Raymond le lundi 19 octobre 2009, 09:10 - Twitter

Les pratiques de Twitter sont mouvantes. Certaines se développent de façon éphémères, d'autres gagnent en intensité. Voici une revue sommaire de quelques tendances émergentes qui cherchent à s'imposer dans l'écosystème Twitter.
Hashtag bombing
Trop peu souligné, Twitter s'affirme également comme un "média" d'opinion. Si les hashtags permettent de tweeter en direct en commun lors d'évènements (conférences, émissions télévisées...), de marquer un témoignage qui compte lors d'une information à grande résonnance (actualité), le Hashtag bombing permet de générer un flux de messages d'opinion à partir d'un fait ou d'une situation donnée. C'est le cas depuis le vendredi 9 octobre avec l'impressionnant flot de tweets en français portant le hashtag ("#") #jeansarkozypartout (voir les tweets publiés mentionnant ce hashtag via le moteur de recherche de Twitter, TwitterSearch) mêlant un Google bombing à la sauce Twitter (Twitter bombing ?) partageant des tweets qui font part d'humour, d'analyses personnelles et d'une créativité débordante. L'initiative de ce hashtag est née du journaliste Florent Latrive et l'effet boule de neige est vraiment conséquent.
Mesurer l'opinion sur Twitter
TwtPoll est un outil de sondage bien connu utilisant Twitter. A chacun de créer son sondage, diffusé ensuite à ses followers ; une application en ligne pratique et simple à utiliser. D'autres outils de l'écosystème Twitter se sont spécialisés dans la mesure d'opinion d'un nombre important de tweets publics en essayant de dégager des tendances. Ce communiqué de Presse laisse par exemple entrevoir que, sur un panel de 25 000 tweets, l'obtention du Prix Nobel de la Paix par Barack Obama est perçue positivement. Le traitement des données a été effectué à partir d'une solution professionnelle payante baptisée Attensity Cloud. Mesurer l'opinion publique est sans doute l'un des usages professionnels en devenir les plus prometteurs lié à Twitter.
L'avatar Twitter comme soutien à une cause
La dernière élection présidentielle aux Etats-Unis, les manifestations à Téhéran (Iran), le refus d'utiliser tel ou tel navigateur Internet... Ont ceci en commun qu'ils donnent lieu à une pratique Twitter qui consiste à transformer son avatar pour mettre en avant son adhésion à un mouvement d'opinion. Aujourd'hui, avec un outil tel que Twcauses, il est possible de monter des campagnes de marketing spécialisées cherchant à générer l'adoption à une cause de charité ou humanitaire et aussi à favoriser des donations sonnantes et trébuchantes pour des associations, organisations non gouvernementales... Un exemple de l'utilisation de TwCauses : la campagne de la Fondation One Drop ("Ajoutez une goutte à votre avatar Twitter") qui dédie une page complète à ce moyen de mise en avant par le Twitterer de son "oui" pour promouvoir une initiative de cette Fondation avec un avatar identifiant la cause.
Twitter cherche à réintégrer des fonctionnalités de pratiques popularisées
L'application en ligne Twitter est relativement sommaire dans ses fonctionnalités. Jusqu'à maintenant, Twitter a laissé l'écosystème des applications tierces fournir des fonctionnalités annexes. Le changement de cap est évident avec la nouvelle fonctionnalité de listes préselectionnées d'utilisateurs s'affichant sur son compte (actuellement en bêta) et la fonctionnalité ReTweet en développement qui permettra de faire apparaître aussi bien une liste non exhaustive des twitterers ayant retweeté une URL que d'identifier le twitterer ayant posté pour la première fois l'article sur Twitter. Ne pas laisser filer des fonctionnalités clés de Twitter en dehors de son propre giron, est-ce une nouvelle stratégie imposée par la réalité économique et les investisseurs de Twitter ?
Afficher ses "followers" en arrière-plan
Parmi les applications tierces liées à Twitter les plus en vogue actuellement, soulignons un fort engouement pour Twilk, un outil qui, après identification, vous propose d'afficher en arrière-plan une mosaïque de l'ensemble des avatars de vos "followers". Twilk est une caisse de résonnance de son identité Twitter ; il montre aussi le mille-feuilles relationnel qui s'établit sur la plateforme et entre les interlocuteurs ; ce puzzle de petits carrés forme un cliché instantané d'un faisceau tissé de connaissances ou de reconnaissance. Twilk n'hésite d'ailleurs pas à parler de "friends" et non de "followers" ; un simple glissement sémantique ?
mercredi 14 octobre 2009
Moyennisation de la société, Gratuité à revers, Idée qu'on s'en fait, Petites oeuvres, Lanceur d'alerte
Par Jean-Luc Raymond le mercredi 14 octobre 2009, 08:39 - Tendance
La rubrique Tendances, c'est un abstract de
ce temps qui se résume au présent avec un goût de devenir. Mots en
correspondance ou métaphores d'aujourd'hui, pincées de sens sur notre temps,
concepts de l'instant... Les mots soulignés signifient des traits de Tendances.
Notre planète est en demande non futile de sens. Bonne
lecture!
Moyennisation de la société
"La mutation inachevée de la société française (A partir du livre "Déchiffrer
la Société Française de Louis
Maurin", Editions La Découverte) : Sommes-nous plus libres qu'hier ? Le
processus d'émancipation individuel demeure ambigu. De nouveaux modes
d'influence et de contrôle social se mettent en place dans une société de
communication de masse. En particulier via la télévision. Pour mieux cibler le
consommateur, ses comportements dont fichés de façon de plus en plus détaillée
et intrusive. Nous sommes poussés à accepter de livrer une partie de nous-mêmes
en contrepartie du bénéfice de l'usage de nouveaux biens. Du côté des pouvoirs
publics, la tentation est aussi de plus en plus grande d'utiliser les nouvelles
technologies de l'information pour contrôler de façon étroite les comportements
des citoyens. En même temps, ces nouvelles libertés, dans un contexte d'accès
plus généralisé à la consommation, ont alimenté un discours sur la
"moyennisation" de la société. La salarisation de l'emploi a rendu caduque une
représentation binaire, fondée sur la domination des détenteurs du capital sur
les autres, les prolétaires. Et le déclin du monde ouvrier a réduit la
visibilité des milieux populaires. Mais de l'école à la santé, en passant par
le mariage et la consommation, les univers sociaux continuent largement à
modeler les pratiques et les mécanismes de domination demeurent. Une partie du
déficit de compréhension de la société actuelle vient justement d'une confusion
entre transformation et disparition des groupes sociaux."
(Alternatives Economiques, Octobre 2009)
La gratuité à revers
"Extrait des Mirages de la Gratuité, un article du journaliste Malcolm
Gladwell, journaliste au New Yorker, critiquant l'ouvrage "Free" de Chris Anderson :
"De nombreuses autres formes informations ont décidé de prendre la Gratuité à
revers. On peut consulter le Times gratuitement sur son site Internet. Mais le
Wall Street Journal a découvert que plus d'un million d'abonnés se
réjouissaient de payer pour avoir le privilège de le lire en ligne. (...) Et la
vente par téléphone des applications pour l'iPhone (des idées) rapportera
peut-être bientôt davantage à Apple que la vente de l'appareil lui-même (la
matière). Un jour, l'entreprise pourrait faire cadeau de l'iPhone pour
développer les téléchargements ; elle pourrait faire cadeau des téléchargements
pour stimuler les ventes de l'iPhone ; ou bien elle pourrait continuer de faire
payer les deux, comme aujourd'hui. Qui sait ? La seule loi d'Airain qui vaille
est trop évidente pour mérite un livre : l'ère numérique a tant transformé la
manière dont on fabrique et on vend qu'il n'existe pas de loi
d'airain"."
(Booksmag, Octobre 2009)
L'idée qu'on s'en fait
"L'une des clés du succès n'est pas tant le talent, inné ou non, que l'on
possède, mais l'idée que l'on se fait du talent et de la manière de l'exercer,
estime Carol Dweck,
chercheur en psychologie à l'Université de Stanford, en Californie. Ses travaux
l'ont conduite à identifier deux attitudes très différentes selon les
individus, y compris chez ceux qui ont fait les plus brillantes études.
Certains ont tendance à penser, en ce qui les concerne, que les jeux sont
faits. Leur intelligence et leur talent ont été déterminés une fois pour
toutes, leurs brillantes études en témoignent. Les autres ont tendance à penser
que, quels que soient leurs résultats passés, leur intelligence et leur talent
sont en construction et le resteront. Les premiers ont une vision "fixée" de
leurs facultés, les seconds une vision "de croissance". Ce sont eux qui ont les
meilleures chances de réussir".
(Booksmag, Septembre 2009)
Petites oeuvres
"Lorsque les coûts d'accès à la culture sont élevés, nous préférons les oeuvres
majeures pour amortir ce coût d'accès. Lorsque l'information est gratuite, nous
préférons la multiplication d'éléments qui nous permet de bâtir notre propre
histoire. C'est ainsi que se comprend le titre du livre de Tyler
Cowen "Create Your Own Economy: The Path to Prosperity in a Disordered
World" : la prospérité qu'il évoque ne se mesure pas en unités monétaires mais
est créé par la multiplication d'économies individuelles faites d'interactions
brèves avec des gens partageant nos centres d'intérêt, de réorganisations
d'informations. Dans la culture qui en résulte, chacun produit son oeuvre à
partir de multiples matériaux, à la fois consommateur et producteur. Cela
implique moins de grandes oeuvres universelles et plus de petites oeuvres
personnelles. Ce que montre Tyler Cowen, c'est qu'une culture faite d'un grand
nombre de petites oeuvres n'est pas moins riche qu'une culture faite de
quelques grandes."
(Enjeux Les Echos, Octobre 2009)
Lanceur d'alerte
"Les lanceurs d'alerte, vous connaissez ? Dans des laboratoires, des
universités, des entreprises... des femmes et des hommes, prenant conscience
que notre société court un risque majeur, se lèvent et tentent de nous en
avertir (...) Cette expression, nous la devons à deux sociologues, Francis
Chateaureynaud et
Didier Torny. "L'alerte, précisent-ils, prend dans le sens où nous
l'entendons, la forme d'une démarche, personnelle ou collective, visant à
mobiliser des instances supposées capables d'agir et, pour le moins, d'informer
le public d'un danger, de l'imminence d'une catastrophe, du caractère incertain
d'une entreprise ou d'un choix technologique." Nous n'avons pas ou pas
seulement affaire ici à la dénonciation d'une situation passée, mais bien à un
appel tourné vers le futur, à propos d'un risque actuel et à venir, et qui
parie donc sur une résolution."
(Imagine Demain Le Monde, Septembre-Octobre 2009)
Crédit photo : Jean-Luc Raymond. Mur d'entrée d'immeuble. Paris 3e.
Septembre 2009.
samedi 10 octobre 2009
Profession Twitterer de star ou Twitterer de personnalité
Par Jean-Luc Raymond le samedi 10 octobre 2009, 18:15 - Twitter
Le journaliste Yves Eudes consacre un
truculent article distancié sur un nouveau métier : le nègre Twitter de
star dans l'édition du Monde
Magazine daté du 10 octobre. Si la profession de Twitter pour les stars est
bien établie aux Etats-Unis, elle fait aussi en chemin en Europe et en France ;
des missions exercées dans "l'ombre" et très peu publicisées.En avril 2009, Laura Desjardins consacrait un article à cette profession qui se répand aux Etats-Unis : "Profession: Twitterer de stars" brossant un bref panorama de cette pratique alors naissante avec un aspect réducteur dans les propos relevés d'Annie Colbert qui exerce ce genre de missions : "Le but est que l’on vienne à vous, d’être retweetée".
Outre-Atlantique, la profession s'organise et il devient courant, pour des artistes et des personnalités, que l'offre de webmaster éditorial (site, blog...) se double de la présence et du contenu en ligne sur 4 médias sociaux - réseaux sociaux phare : Facebook, Twitter et MySpace voire YouTube. La gestion du temps chez la personnalité est comptée mais la fidélité du propos est essentielle tout comme celles de l'action de cette même star. Ainsi, un artiste musical connu aux Etats-Unis m'a récemment confié que son Twitterer pro avait publié un message sur Twitter indiquant que ce même client - artiste se trouvait alors dans un avion alors qu'il n'en était rien... Les limites de l'exercice...
Yves Eudes propose un portrait du Twitterer de star ou Twitterer de personnalité très précis et présentant les différentes facettes de ces missions ardues ; un spécialiste portant le pseudonyme de Damien :
Il propose deux types de prestations, car il y a déjà deux écoles chez les Twitterers pro américains : certains se font carrément passer pour la star, d'autres se présentent comme une membre de son entourage, un proche qui la suit partout, un confident. Bien sûr, c'est du boulot. Le Twitterer pro doit s'imprégner de la personnalité de la star, reproduire ses tics de langage.
D'autres Twitterers ont le problème inverse : des tas de choses à raconter ou à vendre, mais peu de suiveurs. Le marché est vaste : génie méconnu, politicien qui tente un come-back ou commercial sur le retour... Damien peut faire en sorte que ces anonymes explosent sur Twitter en quelques jours.
D'abord, établir avec le client le profil-type du "suiveur" idéal - âge, revenus, etc. Puis trouver un logiciel capable de scanner le moteur de recherche interne de Twitter afin de collecter des données sur des millions d'utilisateurs, et faire le tri. Enfin, envoyer des messages aux cibles sélectionnées pour les inciter à suivre le compte Twitter du client. Compliqué, mais une start-up australienne s'est spécialisée dans ce type de prestation. En attendant de s'équiper, Damien pourra sous-traiter.
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